Lundi, Septembre 24, 2007

La Dénationalisation tranquille

Mathieu Bock-Côté a le sens du timing. En pleine controverse des accommodements raisonnables, alors que le gouvernement réfléchie à ses quotas d’immigration et peu de temps après la volée infligée au Parti Québécois le 26 mars dernier, il publie son premier ouvrage qui se veut une réflexion touffue sur le malaise identitaire des Québécois. Ou plutôt, sur celui de leurs élites comme vous le découvririez en le lisant.

C’est lundi dernier que le très précoce auteur (il est âgé de 27 ans) publiait son livre. J’étais au lancement, où se trouvait toute la faune nationaliste. Tous s’entendaient pour dire que cette publication est une bonne nouvelle pour ceux qui pensent que l’on est allé trop loin avec le multiculturalisme canadien et l’identité québécoise désincarnée et que ceux-ci, beaucoup plus qu’une xénophobie chimérique ou un racisme endémique, sont responsables de la colère récente des Québécois.

Pour vous en dire davantage sur Mathieu Bock-Côté, je reconnaîtrais que celui-ci ne fait pas l’unanimité. C’est souvent le propre de ceux qui n’ont pas la langue dans leur poche et qui s’encombrent peu des susceptibilités des lobbies. Mais si son discours est conservateur, ce n’est pas l’odeur de la boule à mite qui se dégage de ses écrits, mais bien celle du vent qui s’infiltre par une fenêtre ouverte dans une pièce condamnée depuis trop longtemps. Il est bon en effet de dépoussiérer certaines idées, surtout quand celles-ci nous ont longtemps bien servis.

Les habitués de ce blogue savent en effet ce que je pense de l’identité québécoise créée en laboratoire qu’on essaie de rentrer dans le fond de la gorge du Québec réel depuis une décennie. Il faut donc saluer le travail de Bock-Côté.

En matière d’identité en effet, le portrait a changé depuis quelques mois. Mario Dumont a flairé la bonne affaire en novembre dernier, Pauline Marois redécouvre le « nous » et Jean Charest tente désespérément de faire comprendre à son parti qu’il se dirige vers son élimination dans le Québec francophone s’il ne se remet pas à lui parler dans des mots qu’il ressent. Les élites, les cosmopolites Montréalais, les journalistes, tout le monde se remet à l’identitaire donc. Et bien non seulement Bock-Côté en appelle à ce ressaisissement depuis bientôt dix ans, mais il avait prédit que le thème s'imposerait à nouveau.

« La Dénationalisation tranquille » est un livre utile donc. Il s’agit d’abord d’un argumentaire puissant pour chacun des acteurs politiques qui veulent contribuer à rétablir une définition réelle de l’identité québécois. Il s’agit ensuite d’une habile déconstruction des mythes et des fondements intellectuelles qui ont bâtis l’identité dénationalisée. Mais surtout, alors que les bien-pensants commencent à se réorganiser pour attaquer ce « nous » à peine mis au monde et pour narguer l’opinion plus souvent responsable et modérée que xénophobe et radicale des humbles citoyens qui s’expriment ces jours-ci sur notre modèle d’intégration, il importe de frapper inlassablement sur le clou afin d’éviter qu’il ne ressorte. La « renationalisation » du discours traverse présentement sa phase la plus critique : celle où l’on pourrait être tenté de faire marche arrière. Le livre de Bock-Côté doit servir à empêcher que cela arrive.

Pour finir sur une touche plus personnelle, j’aimerais vous dire que je connais Mathieu Bock-Côté depuis plusieurs années. Je prétends le compter parmi mes amis et je crois que ce sentiment est réciproque. J’ai mes désaccords avec lui, mais je crois surtout qu’il faut saluer la constance, le travail et l’intégrité de quelqu’un qui n’a jamais eu peur de s’attaquer aux tabous, surtout quand la suite des événements finissent par lui donner raison.

Mathieu est jeune, il commence sa carrière littéraire avec un ouvrage d’un rare à-propos. Souhaitons-nous qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin !

La Dénationalisation tranquille est disponible en librairie depuis mardi dernier.

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Mercredi, Septembre 12, 2007

Un exercice sain, au delà des faux pas

Nous sommes nombreux à être sceptiques face à la Commission Bouchard-Taylor. Les déclarations malheureuses de Bouchard et la parti-pris résolument multiculturaliste des deux coprésidents ne sont pas des indications que les conclusions de l’exercice seront transcendantes. Quand on les écoute parler, on dirait que le problème quand aux accommodements raisonnables, ce sont les gens qui ne les comprennent pas et non pas la pratique en elle-même.

Aussi, mon ami David, que vous lisez souvent ici-même, me faisait part aujourd’hui d’une réflexion fort à propos : le Québec (et les intervenants devant la commission) semblent divisés entre tenants de la tolérance zéro en matière d’accommodements et égéries du multiculturalisme à tout crin aux yeux de qui il n’y a absolument aucun problème. Résultat : une commission qui ne peut pas proposer une solution qui sera consensuelle.

Tout le problème est là-dedans en fait : le Québec est divisé quant à la façon d’intégrer les immigrants. Et quand une société est divisée, elle doit débattre. Et c’est exactement ce qu’elle fait présentement.

Le philosophe Habermas en a rêvé : doter la société d’un processus délibératif qui lui permettrait de trancher les questions morales ou éthiques grâce à la discussion et à l’échange. Je suis peut-être naïf, mais c’est un peu ce que je vois poindre ces jours-ci.

D’humbles citoyens qui vont s’exprimer, qui ont une place au même titre que les experts. Aucune censure. RDI qui a eu la formidable idée de diffuser les forums de citoyens et d’inviter, à chaque jour, des experts à discuter de la question.

Certes, il y a des dérapages. Des mal informés qui viennent dire : « Quand je suis allé là-bas, y m’ont pas accommodé ! » Des désincarnés simplistes qui viennent dire : «La diversité c’est cool ! Faut pas être racistes. » Des mêlés qui viennent parler de leur lutte contre le grand capital en disant : « Nous le peuple, eux les puissants! » Y en a pour tout les goûts.

Mais, ce que je vois surtout, ce sont des gens responsables. Du monde qui ont pris le temps de réfléchir, qui ont souvent préparé leurs interventions, qui s’expriment parfois de manière maladroite, mais qui viennent parler du genre de société qu’ils veulent.

Ce que je vois, c’est un Québec mature, un Québec qui discute, qui débat. Je suis peut-être naïf, mais en cette époque de cynisme politique, je trouve ce processus tellement rafraichissant ! Inutile une commission ? Trop chère ? Voyons ! On devrait avoir un débat comme ça au Québec à tous les ans !

Au fond, les conclusions des co-présidents, on s’en fout un peu. Non pas qu’on ne pourrait pas y régler bien des questions, non pas qu’on ne pourrait pas y voir surtout les occasions manquées. Mais en tous cas, après ce débat, un gérant de YMCA sera peut-être plus au courant des tenants et des aboutissants de ses décisions, un « pur laine » sera peut-être plus conscient de ses droits et un immigrant sera peut-être davantage sensibilisé au malaise des majoritaires.

Je pense que notre société, quelque soit le contenu du rapport de la commission, ressortira gagnant que l’on ait laissé le Québec réel s’exprimer sur notre contrat de société.

C’est pourquoi je vous invite à vous inscrire, tout comme moi, aux forums publics de cette commission.
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Dimanche, Septembre 09, 2007

Bienvenu à Antoine Robitaille !

Le journaliste Antoine Robitaille se lance dans la blogosphère. Et à en juger par son premier post, ce n'est pas sur son blogue que ça va jaser d'anecdotes de la vie courante ou de potins sur les célébrités.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce journaliste du Devoir, on peut le présenter sans hésiter comme un authentique intelectuel, chose de plus en plus rare dans la presse. Attaché à la Tribune Parlementaire depuis deux ans, Robitaille se démarque souvent par ses analyses, ces capacités de couvrir un événement sans se limiter à rapporter la nouvelle ou la rumeur, mais en fouillant la littérature pertinente et en creusant toutes les implications politiques d'un enjeu. C'est un des seuls journalistes que je connais qui adhère à une idéologie qu'il ne cherche pas à cacher, qui l'assume et qui la sert en faisant des papiers bien foutus et assis sur de solides bases intelectuelles. Le scoop du nouveau programme d'histoire, c'est lui, l'effet du multuculturalisme sur le capital social, c'est lui aussi.

Décidément, on aurait besoin de davantage de gens comme Robitaille dans nos médias et sur la blogosphère.

Bienvenu à Antoine Robitaille et bonne lecture !

http://antoinerobitaille.blogspot.com

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Vendredi, Août 17, 2007

LBO sur RJR

Par David Tardif

C'est en fouillant l'actualité des derniers mois, particulièrement les gargantuesques acquisitions de BCE et Chrysler par des fonds de capital privé que je suis tombé sur un film de 1993 qui détaille le premier réel "blockbuster deal" en la matière : Barbarians at he Gate - The Fall of RJR Nabisco. Le contexte est le suivant, nous sommes en 1988 et vivons les derniers mois de l'engouement financier fulgurant (ou décadent!) des années 80, juste après le krach de 1987, dans le tournant des scandales Milken/Boesky et à l'orée de la récession de 1990.

RJR Nabisco est un conglomérat américain chapeautant plusieurs produits du tabac et de l'alimentation. Le président, F. Russ Johnson, décide en se levant un beau matin qu'il allait piloter un rachat de la compagnie, espérant que cela allait catapulter le cours de l'action de l'entreprise (les raisons plus profondes de cette impulsion sont franchement obscures...)

C'est ici que le plaisir commence. Johnson, suivant son inimitié pour Henry Kravis de KKR, décide de donner le ballon à un green de Shearson Lehman Hutton (maintenant Lehman Brothers), Peter Cohen. Kravis ne se laissera pas faire et il s'en suivera un "bidding war" fort en chiffres astronomiques, dégoulinant de dettes et surtout rempli de sarcasmes, situations grotesques, crises de nerfs, et concours d'égos.

C'est particulièrement amusant quand on se rappelle qu'avant que Teachers remporte la mise pour BCE, la Caisse de Dépôt était également dans la course avec nul autre que... KKR. Kohlberg Kravis Roberts, pour donner le nom complet, est en fait la firme pionnière des "leveraged buy-outs" et dans le film, Henry Kravis et George Roberts sont montrés, aux frontières de la caricature, comme de réels fossoyeurs sanguinaires et psychopates de compagnies publiques... En outre, pour ceux que ça intéresse, Lehman Brothers était une part importante du consortium new-yorkais ayant organisé le financement de la nationalisation de l'hydro-électricité québécoise dans les années 60.

La qualité du long métrage est à l'effet qu'il ne demande aucune connaissance spécialisé en finance (en fait, il y a même un effort de vulgarisation). Par ailleurs, l'aspect "comédie" du film, qui est en fait une semi-parodie vise vraiment dans le mille. La scène où Johnson est pourchassé dans les toilettes par des fiscalistes et des investment bankers lors d'une soirée de financement à la western pour le ticket Bush-Quayle vaut vraiment le détour...

Posted by David at 12:59:52 | Permanent Link | Comments (1) |

Mercredi, Août 15, 2007

Si le Bonet te fait...

Très intéressante l’émission « Tout le monde en parlait » de ce soir à Radio-Canada. (Vous pouvez allé la regarder ici)

Il y était question de la polémique entourant le dévoilement de la fresque monumentale ornant les murs du Grand Théâtre de Québec. Le sculpteur, Jordi Bonet, y avait, entre autre chose, fait graver dans les murs cette phrase du poète Claude Péloquin : « Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ? C’est assez ! »

Cela avait déchaîné les passions. Les notables de Québec, Roger Lemelin en tête, s’étaient révoltés contre cette phrase si crue, si directe.

Personnellement, j’aime bien. Dans le contexte de la Révolution tranquille, alors que la guerre du Viet-Nam avait lieu, il me semble que c’était pertinent. Ceci étant dit, me connaissant, j’aurais fort probablement été choqué à l’époque.

Je vous parle de tout ça, parce que j’aime bien cet artiste, Jordi Bonet. Il est l’auteur de plusieurs œuvres que vous côtoyez peut-être à tous les jours sans le savoir, comme par exemple la fresque qui orne le foyer du métro Pie IX à Montréal ou le calvaire de la salle La Margelle du Cegep Ste-Foy. La liste de ses œuvres, se trouvent ici. J’attire votre attention sur les vitraux de la chapelle Our Lady of the Sky de l’aéroport international John F. Kennedy.

J’aime bien cet artiste, parce que je le côtoie depuis mon plus jeune âge. Il est en effet l’auteur de la lampe du sanctuaire et du calvaire de la chapelle de mon école secondaire, le Séminaire Marie-Reine-du-Clergé.

C’est d’ailleurs scandaleux : Bonet a aussi effectué une céramique pour orner les murs de l’ancienne fédération des caisses populaires de l’est du Québec, qui se trouvait jadis dans ma municipalité. Aujourd’hui, l’édifice est désaffecté et il y a de l’eau rouillée qui coule sur la muraille.

Quand je pense que ce joyau abandonné se situe dans une municipalité qui a bien besoin d’attirer l’attention sur elle et de démontrer que la culture peut y vivre aussi, je dis la chose suivante :

Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves ? C’est assez !

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Mardi, Juillet 31, 2007

J'ai vu pendant mes vacances

Films, classiques ou récents, que je me suis tapé pendant mes vacances :

Hannibal rising : Le moins que l’on puisse dire c’est que, contrairement à notre ami Lecter, on reste sur notre appétit… On apprend rien, en somme, de la psychologie du personnage. Sa sœur s’est fait dévorée, alors il est devenu cannibale, ben oui, c’est simple de même ! Un jour il était gentil, le lendemain, il est devenu méchant. Tous ses crimes sont justifiés par la vengeance, mais tout à coup, c'est devenu complètement gratuit son affaire. Sans parler de l’invraisemblance du fait que les tortionnaires, style cul-terreux slaves, d’Hannibal soient devenus de prospère mafieux russes de Paris. Très peu aussi est dit sur l’aspect le plus intéressant de la personnalité de Lecter, soit son don incroyable pour la psychologie. Scénario faible, les fils sont trop gros, à en cacher même le jeu somme toute correct du jeune Gaspard Uliel et la réalisation dont je ne garde aucun souvenir particulier.

All the King’s men : Une autre déception. Non mais, le prochain que j’entends dire que Sean Penn est un grand comédien, je le frappe. Encore une fois, il en donne trop, versant dans la caricature. Ce type semble incapable de se contrôler dès qu’une caméra tourne. Son personnage de gouverneur Lousianais, autour de qui tourne tout le film, est trop gros, trop vulgaire, trop cynique pour qu’on y croit. L’histoire aussi d'ailleurs… Il s’est fait élire, alors il est devenu corrompu. Il a demandé à un employé de faire chanter un de ses proches et il a dit oui. Comme ça, c’est tout ! J’ose espérer que le résultat doit sonner plus juste en version originale…

Old Boy : Film sud-coréen, deuxième volet d’une trilogie sur la vengeance et Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 2004. Très surprenant. Un homme est kidnappé et tenu prisonnier pendant quinze ans dans une cellule minuscule. À sa sortie il n’a qu’une obsession : se venger. Mais, tout d’abord, il doit savoir pourquoi on lui a infligé ce traitement. Le scénario est intrigant jusqu’à la fin, la réalisation ne ressemble à rien de ce que vous avez déjà vu. Ce film vaut vraiment le détour.

Camping : Film français avec Frank Dubosc racontant l’histoire classique du bourgeois qui se voit forcer de cohabiter avec une bande de péqueneaux, dans un camping cette fois-ci. Sans rien réinventer, il est amusant de constater que les blagues sur les adeptes du camping français ressemblent beaucoup à celle que nous faisons nous-mêmes sur leurs cousins québécois. À quand une analyse transversale entre ce film et le « Camping sauvage » de Guy A. Lepage ? Léger mais très amusant. À noter cette excellent échange : « Si vous venez ici depuis près de 30 ans, pourquoi ne pas acheter une maison ici ? – Parce que comme ça, si on veut, on peut aller ailleurs, c’est ça le camping ! »

Un Dimanche à Kigali : Écouté « back to back » avec le précédent, le contraste est saisissant… La réalisation de ce film est in-cro-ya-ble… La caméra est toujours à la bonne place, parfois pudique, parfois crûe. L’effroyable drame vécu par les Rwandais est raconté avec beaucoup de respect et de mesure. Le conflit est résumé de façon un peu simpliste et plutôt manichéenne, mais c’est néanmoins un film très touchant qui nous habite pendant quelques jours après son visionnement. Il faut souligner aussi le jeu tout en nuances de Luc Picard et Fatou N’Diaye, dans le rôle des deux personnages principaux, qui rachètent celui, plus faible, des Québécois de la distribution. C’est souvent ce qui arrive quand on dirige ses acteurs en voulant pouvoir rejoindre le marché international…

Roméo + Juliette : La version de 1996, avec Léonardo Di Caprio et Claire Danes. Quel film somptueux, doté d’une esthétique riche et étudiée, pour lequel une iconographie nouvelle semble avoir été crée de toute pièce, utilisant un langage cinématographique simple mais brillant. En comparant ce film avec la version plus récente d’Yves Desgagnés, on ne peut s’empêcher de ce demander : à quoi sert une adaptation contemporaine d’un classique si une autre a déjà été faite et qu'elle était déjà un chef-d’œuvre ? Un film réussi qui vieillira bien et qui présente en plus une des meilleurs bandes originales des années 90.

Posted by V at 17:14:32 | Permanent Link | Comments (3) |

Mercredi, Juillet 25, 2007

Créer un héros en 13 étapes faciles

 

Je n’ai pas lu Harry Potter ni vu aucun des films. Non pas tant par désintérêt mais plutôt parce que m’embarquer dans la lecture de sept bouquins comprenant entre 300 et 700 pages chacun m’apparaît comme un projet trop important, vu les rares temps de lecture que j’ai.

Par contre, j’ai crû percevoir un débat qui, comme devant beaucoup de modes et de phénomènes "grands publics", se tient entre ceux qui crient au génie littéraire de l’auteur J.K. Rowling et ceux qui se butent à dire qu’il s’agit d’un bon coup de marketing. Sans connaître trop l’œuvre, je me permets aujourd’hui d’ajouter mon grain de sel.

Mon hypothèse est que les héros marquants de notre littérature et de notre univers mythique moderne doivent suivre un pattern christique. C’est-à-dire que les héros qui nous touchent sont ceux dont le parcours évoque, de manière sous-entendue, le parcours de Jésus-Christ.

« Mais attends, je suis même pas catho, pis je tripe sur Luke Skywalker pareil ! » Je sais, mais il en va ainsi des mythes : il se glisse dans notre tête, à travers les contes et les histoires que l’on nous a raconté et ils se gravent dans notre inconscient, nous servant de référant interprétatif tout au long de notre vie, sans même que nous en ayons conscience.

D’autres exemples ? Le mythe de Prométhée, ce dieu qui aurait fait cadeau du feu aux hommes et qui aurait été puni à être enchaîné à un rocher, où un rapace viendrait chaque jour manger son foie qui repousserait le lendemain. Ce mythe est repris dans plusieurs histoires aussi variées que celle de Jésus-Christ et de Frankenstein. Il y aussi le mythe de Chronos, ce titan qui, voulant éviter la réalisation d’une prophétie prédisant qu’il serait détrôné par un de ses fils, mangeait systématiquement chacun de ses enfants. La légende veut que Rhéa, mère de Zeus, aurait substitué une pierre à celui-ci, ce qui lui aurait permis de survivre et, un jour, de revenir battre son père. Ce mythe apparaît souvent dans les histoires de rois devenus fous, dans Elvis Gratton II et dans le labyrinthe de Pan.

Ainsi donc, c’est à mon avis J.R.R. Tolkien qui eût le génie, après la deuxième guerre mondiale d’adapter le mythe du Christ pour créer son héros à lui, c’est-à-dire Frodo Baggins ou Frodon Sacquet pour les francophones. C’est la première manifestation contemporaine. L’a-t-il fait consciemment ou pas ? Je n’en sais rien. Mais depuis, les héros les plus marquants de notre littérature et de notre histoire récente semblent répondre à un schéma bien défini.

Le génie d’un créateur serait donc de placer ce héros dans un contexte adapté à une époque et qui séduira l’auditoire, surtout les jeunes.

Je vous soumets donc aujourd’hui un petit tableau qui résume selon moi les ingrédients importants qui doivent être utilisés pour créer un héros. J’effectue souvent un paralèle avec la politique. Et si ce que nous appelons le charisme n’était rien d’autre qu’un ou des éléments factuels qui évoquent, dans notre inconscient collectif, le mythe de Jésus-Christ ?

Je vous averti, il y a des failles dans ma théorie et des trous dans mon tableau. Je vous invite à m’aider à les remplir.

Amusez vous bien !

Construction d’un héros

Tableau 1 :

Constante Un héros enfant/adolescent qui devra devenir adulte pour réussir sa quête Titre ou pouvoirs messianiques Une quête, fondamentale pour la survie de sa collectivité Un mentor qui indique sa quête au héros
Nouveau testament Jésus Fils de Dieu Sauver les hommes Dieu
Seigneur des anneaux Frodon Sacquet Porteur de l’anneau Détruire l’anneau Gandalf
Star Wars

 

Luke Skywalker (Anakin) Fils d’Anakin et Jedi surdoué (L’Élu) Vaincre l’empire (Rétablir l’harmonie dans la Force) Obiwan Kenobi, Maître Yoda
La Matrice Néo The One Détruire la matrice Morphéus
Harry Potter Harry Prince de sang-mêlé Battre Voldemort Dumbledore
Autres

 

Spiderman, plusieurs superhéros

 

Dons, super-pouvoirs

 

V (pas moi, l'autre) veut rétablir la liberté

Xavier dans X-Men, l’oncle de Spiderman, Merlin, Joey dans Rocky
Parallèles historiques et/ou politiques

 

Tendance messianique des mouvements idéologiques (souverainisme, socialisme) Parcours, contexte, caractère héréditaire comme Justin Trudeau ou les Johnson. Souveraineté, fédéralisme, réponse à une agression armée, résistance (De Gaulle) Trudeau pour Chrétien

 

Tableau II :

Constante

 

Un parrain qui aide le héros dans sa quête

 

Souvent, le héros ne bénéficiera pas lui-même de sa quête, il sert quelqu’un d’autre et son désintérêt ajoute à sa valeur Des compagnons qui, par leur adhésion, confirme la mission christique de leur champion Une muse (Figure maternelle ou idylique)

 

Le mal, diffus, plus ou moins incarné ou en retrait

 

Nouveau testament St-Jean-Baptiste Il meurt Les disciples La Vierge Marie , Marie-Madeleine Satan dans le désert
Seigneur des anneaux

 

Aragorn

 

L’essentiel, c’est qu’Aragorn devienne roi et permette au royaume des hommes de survivre Sam, Merry et Pepin, communauté de l’anneau

 

Galadrielle

 

Sauron

 

Star Wars

 

Han Solo (Obiwan Kenobi)

 

Il est sous-entendu que Leïa prendra la tête de la nouvelle République

 

Chewbacca, 6PO, R2D2 (caractère plus solitaire d’Anakin semble annonciateur de sa chute) Leïa Organa (Padmé Amidala) L’empereur

 

La Matrice

 

Morphéus, l’Oracle

 

Il meurt

 

Équipages du Nabuchodo- nosor Trinity, l'Orâcle

 

Les machines, la Matrice
Harry Potter Sirius Black À voir dans le 7ème… Ron et Hermione Cho ???
Autres

 

Apollo Creed dans Rocky

 

James Bond au service de sa majesté !

 

 

Adrienne pour Rocky, Mary-Jane pour Spiderman, Lois pour Superman, Evey dans V for Vendetta 

Le chancelier Suttler n'apparaît qu'à la fin de V

Parallèles historiques et/ou politiques

 

Un ancien PM qui s’affiche avec un nouveau chef

 

Nation, République, Couronne

L’Équipe du Tonnerre de Lesage, les 3 colombes de Trudeau, gouvernement de 76, l’équipe de rêve d’André Boisclair (lol) Lise Payette (c’est une joke !)

 

Le fédéral pour un souverainiste, le capital pour un socialiste, le communisme pour quelqu’un de droite

Tableau III :

Constante

 

Un ennemi, souvent un alter-ego du héros, plus valet du mal que chef du mal lui-même Le héros doit payer dans sa chair, se sacrifier pour atteindre son but, caractère de martyr Le héros pourra subir une trahison, être calomnié, rejetté, il connaîtra une chute, une damnation  Résilience devant l’échec

 

Nouveau testament

 

Les juges, les pharisiens, antéchrist Crucifiction

 

Judas au Mont des Oliviers, Passion, "Est descendu aux enfers".  « Pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » , résurrection
Seigneur des anneaux

 

Gollum, qui représente ce que Frodon deviendra si il cède au pouvoir de l’anneau Frodon souffre en portant l’anneau puis perd un doigt

 

Blessé par les Nazguls au Mont Venteux, tombe dans la toile d’Arachnée Rien n’empêchera Frodon de poursuivre sa route
Star Wars

 

Darth Vader

 

Luke perd une main (Anakin aussi et sera plus tard transformé en cyborg) Défaite de Luke devant Darth Vader (Anakin rejoint le côté obscur) Retour du Jedi (Anakin rétablira l’harmonie dans la Force)
La Matrice

 

L’agent Smith, intéressant car il se retournera aussi contre la matrice

 

Néo perd la vue (évocation du mythe d'Oedipe, qui se crève les yeux pour se punir) puis mourra Trahi par un membre de son équipe dans le 1er, trompé par l’agent Smith dans le 3e, il en perdra la vue

 

Harry Potter Voldemort Cicatrice au front d’Harry ???

 

Autres

 

Supervilains, Venom dans Spiderman, les karatékas habillés en noir dans Karaté kid

 

Blessures sur le visage de Rocky,  V est un grand brûlé 

Dans le cas de V, sa chute est antérieure à l'action du film

Batman : « À quoi sert une chute ? À se relever. », Rocky va toujours au tapis une couple de fois dans chaque combat
Parallèles historiques et/ou politiques

 

Trudeau/Lévesque, De Gaulle/Pétain, De Gaulle/Mitterand, Bouchard/Chrétien

 

Maladie de Lucien Bouchard, défaut de langage et paralysie de Jean Chrétien, voix éraillée de René Lévesque

 

Fuite de De Gaulle vers Londres, bannissement du Parti Libéral puis traversée du désert de René Lévesque, démission de Bouchard du cabinet conservateur, départ de Mario Dumont du cabinet libéral et création de l'ADQ  Appel du 18 juin de De Gaulle, n’importe quel président américain qui s’adresse à la nation après une tragédie, « Que l’on continue »

 

Posted by V at 13:42:16 | Permanent Link | Comments (1) |

Jeudi, Juillet 05, 2007

Tourny réussi !

Comme je l'avais exprimé ici, j'étais sceptique quant à l’installation de la Fontaine de Tourny en face de l’Assemblée nationale. Mes réserves demeurent mais je dois avouer que l’ensemble est très joli et que la présentation de la Fontaine mardi dernier a été un événement très réussi.

Fanfare militaire, mise en lumière de l’œuvre, feux d’artifices lancés de la Fontaine et des Remparts : l’effet était fort. Je me suis même surpris à ressentir quelques frissons.

Je vous soumets quelques photos que j’ai prises sur place pour vous donner une idée. J’ai croisé Guill avant d’y aller et il trainait son équipement de photo. Je ne pourrai certainement pas rivaliser avec celles qu’il ne manquera certainement pas de publier bientôt, les miennes ayant été prises avec un cellulaire et moi étant un très piètre photographe. Ceci dit, ça va vous donner une idée de l’ensemble.

Ça commence bien, y a une madame qui me rentre dedans !

Haaaa !!! Comme ça, c'est mieux. Avec le Hilton en arrière, c'est joli !

De plus prêt, de l'autre côté.

Pour finir, un peu de patriotisme. C'est fou ce que cette image m'émeût... Comment ça, l'image est floue ? Mais non, vous faites erreur. C'est qu'elle est vraiment rendu comme ça, l'Assemblée nationale, depuis que 41 adéquistes y siègent !

Posted by V at 12:30:21 | Permanent Link | Comments (3) |

Mercredi, Juin 20, 2007

Chauve qui peut !

Comme j’aime bien le faire, je me suis tapé une petite pièce de théâtre hier soir. En effet, on joue La Cantatrice Chauve et La Leçon d’Eugène Ionesco au Théâtre du Petit Champlain jusqu’au 14 juillet. Le concept est sympathique. Dans ce petit théâtre à l’ambiance intimiste, on a l’impression de participer à une représentation privée. Les six comédiens de la Troupe des Fonds de Tiroir présentent d’abord La Cantatrice, en compagnie d’un artiste invité, chanteur et/ou musicien, qui effectuera certaines transitions musicales. Le spectacle n’est jamais pareil donc. Vient ensuite l’entracte, avant laquelle on a tiré dans un chapeau le nom des deux comédiens, un homme et une femme, qui interprèteront La Leçon, en compagnie d’un autre invité. Vraiment tripatif, comme dirait Jacques Languirand.

Il s’agit de deux très grandes pièces, à l’humour absurde grinçant, un peu hemétique, il faut l’avouer. Mais le génie de la mise en scène est d’avoir sû faire appel dans le jeu à des référents culturels dans lesquels on peut se retrouver. Ce qui m’amène à penser aussi que rien doit être plus différents d’une édition de La Cantatrice, qu’une autre édition de La Cantatriste. Un excellent texte donc, servi par une excellente mise à scène et une bonne équipe de comédien.

Car il s’agit aussi d'une occasion de voir jouer l’excellente Ansie St-Martin, que l’on a le bonheur de voir jouer à Québec assez régulièrement. J’ai d’ailleurs été chanceux : c’est elle qui a été tiré au sort pour jouer La Leçon et n’a pas déçu encore une fois. C’est une joie de savoir que la Capitale compte dans ses murs de vrais artistes résidants et il importe de les encourager à y rester en fréquentant leur création.

Tant qu’à faire, le Théâtre du Petit Champlain présente chaque été d’excellentes pièces, à la fois amusantes et intelligentes et ce, à peu de frais. À surveiller, en juillet, Le Dîner de Cons par une autre sympathique troupe, le Théâtre Voie d’Accès.

Posted by V at 11:52:22 | Permanent Link | Comments (0) |

Jeudi, Juin 14, 2007

Rock ma vie !!!

La semaine passée, sans que je m’y attende, un de mes amis m’a invité à aller voir un show d’Éric Lapointe. Moi-même, j’aurais jamais pensé à mettre une cenne de ma poche là-dessus. Comme dirait mon cher parrain, à chaque fois qu’une de ses tunes passent à la radio, je me demande comment ça se fait qu’il s’est pas encore pendu celui-là…

Tout ça pour dire que j’ai passé une maudite belle soirée !

C’est un lieu commun que de dire que le bonhomme est vraiment une bête de scène. Dès les premières notes : « Nuits de fou – Rage d’adrénaline – Rendez-vous – Vers des lieux sublimes » Les lumières s’allument, la foule se lève d’un bon, la boucane embarque. Un vrai show rock.

Tous les clichés y sont : fille en pleures qui lui tend une lettre qu’il fourre aussitôt dans son pantalon, maman qui met sa petite sur le stage pendant « Mon ange » pour qu’il la prenne dans ses bras, serviettes remplies de sueurs lancées dans la salle que les gens s’arrachent. Ne manquaient que quelques pièces de sous-vêtements lancées sur scène comme des invitations pour l’after pour que le portrait soit complet. « Faut savoir où c’est qu’Éric pis son band sortent après. » À Alma, c’est plus simple : tout le monde au Crapeau !

On l’oublie souvent, mais le Québec a une grande tradition de rockers. On nomme vite, lorsque l’on fait une rétrospective de la musique québécoise, Vigneault, Léveillé, Ferland, Charlebois, Dubois, mais il me semble qu’on en oublie des grands bouts.

Offenbach et Gerry, Breen Leboeuf, Pierre Harel (le frère de Louise !), Corbeau et Marjo, Plume et etc… Plus récemment, il y a Dan Bigras, le fils spirituel de Gerry, Vilain Pingouin, on oublie que France D’Amour était très rock à ses débuts, que Garou sur scène laisse rapidement ses grosses balades sales pour sortir ses blues et ses rocks préférés. Y a Martin Deschamps aussi et ses paroles plutôt idiotes mais qui déménage en maudit pour un gars qui a plus de membres dans son groupe que sur son corps… Et aujourd’hui Éric Lapointe, notre Jonny Hallyday national.

Il est de bon ton de regarder ces gens - plutôt maganés aujourd’hui, il est vrai – de haut. De dire que ce qu’ils ont fait étaient ben commercial, pas vraiment original, calqué sur ce qui se faisait ailleurs, que leurs paroles étaient simplistes (encore que certains textes d’Offenbach soit devenus des classiques). Pis ?

Moi je dis que ce sont des gens qui ont fait une musique pure, celle qu’ils avaient envie de faire. Je ne connais pas beaucoup la musique sur le plan technique, je ne sais pas dire si ce qu’ils ont fait étaient créatifs ou complexes. Je ne prétends pas qu’ils s’agissent de virtuoses. Mais il me semble, au pire, qu’ils ont occupés un crénaux que les gens souhaitaient et qui aurait été comblé par des américains si ça n’avaient été d’eux.

Quant à moi, j’aime l’énergie qu’ils ont sû communiquer aux gens, la franchise de leur propos. J’aime justement le côté « brut », mal poli, de ce qu’ils ont fait. N’est-ce pas ça l’esprit du rock, pour ce que j’en sais ?

Et, de toutes façons, afin de voir émerger les Colocs, Fred Fortin, Mononc Serge, les Cowboys Fringunts et les autres que l’on appelle la « relève », il aura fallu passer par eux.

Vous en douter ? Je vous réfère à Pépé et sa guitare et à sa chanson "Toué tu l'as" sur l'album "Fakek' Choz".

Là-dessus, je m’en vais m’acheter un disque d’Offenbach, ça manque à ma collection.

Posted by V at 12:36:53 | Permanent Link | Comments (0) |
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