La Dénationalisation tranquille

Mathieu Bock-Côté a le sens du timing. En pleine controverse des accommodements raisonnables, alors que le gouvernement réfléchie à ses quotas d’immigration et peu de temps après la volée infligée au Parti Québécois le 26 mars dernier, il publie son premier ouvrage qui se veut une réflexion touffue sur le malaise identitaire des Québécois. Ou plutôt, sur celui de leurs élites comme vous le découvririez en le lisant.
C’est lundi dernier que le très précoce auteur (il est âgé de 27 ans) publiait son livre. J’étais au lancement, où se trouvait toute la faune nationaliste. Tous s’entendaient pour dire que cette publication est une bonne nouvelle pour ceux qui pensent que l’on est allé trop loin avec le multiculturalisme canadien et l’identité québécoise désincarnée et que ceux-ci, beaucoup plus qu’une xénophobie chimérique ou un racisme endémique, sont responsables de la colère récente des Québécois.
Pour vous en dire davantage sur Mathieu Bock-Côté, je reconnaîtrais que celui-ci ne fait pas l’unanimité. C’est souvent le propre de ceux qui n’ont pas la langue dans leur poche et qui s’encombrent peu des susceptibilités des lobbies. Mais si son discours est conservateur, ce n’est pas l’odeur de la boule à mite qui se dégage de ses écrits, mais bien celle du vent qui s’infiltre par une fenêtre ouverte dans une pièce condamnée depuis trop longtemps. Il est bon en effet de dépoussiérer certaines idées, surtout quand celles-ci nous ont longtemps bien servis.
Les habitués de ce blogue savent en effet ce que je pense de l’identité québécoise créée en laboratoire qu’on essaie de rentrer dans le fond de la gorge du Québec réel depuis une décennie. Il faut donc saluer le travail de Bock-Côté.
En matière d’identité en effet, le portrait a changé depuis quelques mois. Mario Dumont a flairé la bonne affaire en novembre dernier, Pauline Marois redécouvre le « nous » et Jean Charest tente désespérément de faire comprendre à son parti qu’il se dirige vers son élimination dans le Québec francophone s’il ne se remet pas à lui parler dans des mots qu’il ressent. Les élites, les cosmopolites Montréalais, les journalistes, tout le monde se remet à l’identitaire donc. Et bien non seulement Bock-Côté en appelle à ce ressaisissement depuis bientôt dix ans, mais il avait prédit que le thème s'imposerait à nouveau.
« La Dénationalisation tranquille » est un livre utile donc. Il s’agit d’abord d’un argumentaire puissant pour chacun des acteurs politiques qui veulent contribuer à rétablir une définition réelle de l’identité québécois. Il s’agit ensuite d’une habile déconstruction des mythes et des fondements intellectuelles qui ont bâtis l’identité dénationalisée. Mais surtout, alors que les bien-pensants commencent à se réorganiser pour attaquer ce « nous » à peine mis au monde et pour narguer l’opinion plus souvent responsable et modérée que xénophobe et radicale des humbles citoyens qui s’expriment ces jours-ci sur notre modèle d’intégration, il importe de frapper inlassablement sur le clou afin d’éviter qu’il ne ressorte. La « renationalisation » du discours traverse présentement sa phase la plus critique : celle où l’on pourrait être tenté de faire marche arrière. Le livre de Bock-Côté doit servir à empêcher que cela arrive.
Pour finir sur une touche plus personnelle, j’aimerais vous dire que je connais Mathieu Bock-Côté depuis plusieurs années. Je prétends le compter parmi mes amis et je crois que ce sentiment est réciproque. J’ai mes désaccords avec lui, mais je crois surtout qu’il faut saluer la constance, le travail et l’intégrité de quelqu’un qui n’a jamais eu peur de s’attaquer aux tabous, surtout quand la suite des événements finissent par lui donner raison.
Mathieu est jeune, il commence sa carrière littéraire avec un ouvrage d’un rare à-propos. Souhaitons-nous qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin !
La Dénationalisation tranquille est disponible en librairie depuis mardi dernier.

Russ Johnson, décide en se levant un beau matin qu'il allait piloter un rachat de la compagnie, espérant que cela allait catapulter le cours de l'action de l'entreprise (les raisons plus profondes de cette impulsion sont franchement obscures...)






