Vendredi, Décembre 14, 2007

Pour le respect des créateurs



Holala ! Les temps sont durs pour les organisateurs du 400ème de Québec ! Impatience des médias et de la population devant la discrétion de la Société concernant les détails de la programmation, controverses autour de l'attribution de contrats, critiques quant à la transparence de l'organisation, déception une fois que les artistes invités sont connus et etc... À quelques jours du début des fêtes, on dirait que ça va couacs après couacs.

C'est dommage. Pour une ville, fêter un centenaire, ça n'arrive qu'une fois par siècle, par définition. Dans une Cité qui a été refondée de force il y a moins de dix ans, ce devrait être une chance incroyable pour unir toutes les anciennes municipalités, pour répendre la fête du Cap Rouge à la baie de Beauport, de l'Anse-aux-Foulons au Parc des Laurentides. Une fête populaire à laquelle les gens de tous les milieux, les X comme les abonnés des Violons du Roy, seraient conviés et pourraient se rencontrer. Quinze ans après la perte des Nordiques (qui étaient, n'en déplaise à certains, la principale vitrine nord-américaine de Québec), il faudrait que cette occasion devienne un motif de fierté pour les gens de notre Capitale, à l'orgueil souvent fragile, on le sait.

Mais voilà. Il y a eu ces nouvelles à l'effet que l'organisation n'avait pas beaucoup de sous pour les activités en dehors du centre. D'autres insatisfactions à l'égard du choix des fameuses "Grandes cuvées", ces éditions spéciales d'événements annuels. Le manque d'intérêt de la Ville à l'égard de la tenue d'un événement aérien du promoteur Red Bull a déçu une certaine clientèle. Il aura fallu du temps avant d'être fixé sur les détails de programmation. Il ne manquait qu'un imbroglio avec René Angelil pour que le portrait soit complet ! (Oups... c'est arrivé aussi ça...) Les médias de Québec, souvent prompts à chiquer la guenille et amateurs de controverses à saveur locale, se sont évidemment emparés à chaque fois des faux pas de l'organisation. Dans un tel contexte, les dirigeants du 400ème auraient bien dû s'attendre à ce que la moindre apparence de mauvaise gestion dans les fonds publics suffiraient à faire prendre le riz au fond.

Mais le pire dans tout ça, ce sont les gens dont on ne parle pas : les créateurs. Dans une ville qui se plaint du départ de ses jeunes, qui n'en peut plus de déplorer que la production médiatique et artistique se concentre à Montréal, dans un endroit où il est si difficile de vivre et de travailler à temps plein dans le milieu culturel, vous n'avez pas idée de ce que le 400ème représente comme manne pour des centaines de jeunes travailleurs à statut précaire. Tous ces décors à concevoir, ces expositions à monter, ces prestations à donner : voilà autant de bonus et de sécurité dans un quotidien qui se résume souvent à sautiller de contrats en contrats. Célébrer sa jeunesse et ses créateurs, c'est un autre sens que Québec doit donner aux célébrations.

Or, on parle très peu de ces gens, les artisans du 400ème de Québec. Le laxisme et l'amateurisme des organisateurs ajoutés aux commentaires acidulés des pisse-vinaigre de tout acabit risquent d'avoir pour effet de jeter dans l'ombre le travail exceptionnel de ceux qui devraient être les vraies vedettes de la fête. Et ça, c'est désolant.

Je suis sensibilisé à cette question parce que j'ai une amie très chère qui fait partie de ces acteurs de l'ombre. Elle a 25 ans et elle travaille en art visuel. Depuis plus de six mois, les contrats lui sortent par les oreilles. Elle ne dit non à rien, répond à toutes les demandes, ne compte plus les heures et les nuits blanches. Pour elle, c'est une occasion de se faire un nom, de faire des sous (évidemment!) mais, avant tout, je sens chez elle beaucoup de fierté. L'impression de participer à quelque chose d'historique, de construire quelque chose qui restera dans les mémoires et de laisser un leg à cette ville. Je ne sais pas dans quel état elle sortira de cette année 2008, mais celle-ci demeurera à coups sûrs l'une des plus marquantes de toute sa vie professionnelle.

Alors que, justement, je lui faisais part de mon scepticisme quant à la réussite des fêtes devant la morosité ambiante, elle m'a opposé une fin de non-recevoir catégorique : "Nous les artistes, on va tellement se défoncer, on va tellement se donner à mort pour que nos événements soient réussis que non, le 400ème ne pourra pas être un échec!"

J'ai souri. Faites que tous les Sylvain Bouchard et les J.-Jacques Samson de cette ville l'entendent et que les citoyens de Québec comprennent ce que cette fête représente pour leur jeunesse. Il y a là bien assez de motifs pour célébrer !
Posted by V at 13:35:49 | Permanent Link | Comments (1) |

Jeudi, Octobre 11, 2007

Maurice

Grand-P’pa,

On a jamais parlé beaucoup toi et moi. Ça ne veut pas dire qu’on ne communiquait pas. Ça se passait dans les yeux, dans le sourire, dans la poignée de main. Ça se passait quand tu racontais tes histoires de chantiers, quand tu nous expliquais comment tu avais bâtis ta maison, quand tu nous parlais de tes parents. Quand tu m’écoutais parler de politique et que tu me clouais le bec en me disant : « En tous cas, moi je suis né canadien-français et je vais mourir canadien-français. » Je n’aurai jamais autant souhaité te donner tort qu’aujourd’hui…
Je me rappelle t’avoir regardé travailler, enfant, assis en retrait dans ton garage. Je me rappelle avoir essayé de t’aider, parfois, dans tes travaux, maladroitement. Moi l’empoté, incapable de clouer un clou droit… J’écris ce soir sur un bureau que tu as bâti de tes mains, assis dans une chaise que tu avais fait par amour, demain je couperai mes légumes sur une planche à découper que tu as taillée. Et je me dis que cela n’arrivera plus, je pense aux choses que je n’aurai pas réussi à apprendre de toi et c’est ça qui me fait le plus de peine.
Mais je vais te rendre fier Maurice. Je ne parle pas de réaliser de grandes choses, exceptionnelles. Ça, ça vient de soi-même quand ça doit arriver, par l’effort, comme tu me l’as enseigné par tes actes. Je vais te rendre fier en faisant ce que tu as toujours su faire le mieux. En m’occupant de ma famille. En les faisant toujours passer avant moi. Je vais te rendre fier en étant quelqu’un qui cultivera mes amitiés jusqu’à mon dernier souffle. Je vais te rendre fier en acceptant les autres, malgré leurs différences. Je vais te rendre fier en étant un homme de principes, qui se permettra d’être parfois intransigeant dans ses opinions mais qui sera à l’écoute des idées de chacun. Je vais te rendre fier en étant accueillant et en ne repoussant jamais ceux qui me demanderont de l’aide et qui saura remercier les gens qui partageront ma compagnie. Je vais te rendre fier en étant un travailleur, quelqu’un qui paye le prix. Oui, Grand-Papa, tu seras fier de moi.
Criss que je me sentais poche. Je t’imaginais, au même âge que j’ai présentement, 25 ans, avec cinq enfants, après avoir bâti ta maison de tes propres mains. Je me disais « Non, mais, quel empoté je fais… ». Mais toi, tu étais fier de moi, le petit politicailleux. Comme tu étais fier de mon cousin militaire, de celui qui s'en va agriculteur, de ma sœur avocate, de ma cousine qui est fonctionnaire, de celle qui est artiste. Comme tu l’étais, en fait, de chacun d’entre nous. Tu étais fier parce que l’on faisait ce qu’on aimait, même quand ça n’avait pas les apparences d’un bon plan. Sous ton regard bienveillant de chef de clan, tu devais avoir une certaine satisfaction de voir te descendance essaimé tant de domaines de la société.
J’aurais tellement voulu te dire tout ça. Dans tous les cas, ce soir, comme un crétin, j’écris sur mon blogue comme si tu pouvais me lire, comme si, même vivant, tu en avais été un lecteur assidu.
Mais bon. Je me dis qu’en écrivant comment je me sens, ça s’inscrit en quelque part et que ça te parvient. Comme si je n’avais pas eu 25 ans déjà pour te dire ça. Comme si il ne suffisait pas maintenant que je pense à toi pour te dire ce que j’ai envie.
Va falloir que je m’habitue Grand-P’pa. Avant, je m’ennuyais souvent de toi. J’avais souvent envie de te parler. Maintenant, tu seras toujours à mes côtés. Aujourd’hui, plus que jamais, je vivrai avec l’obligation d’être à la hauteur des valeurs que tu m’as inculquées.
Ce ne sera pas facile. Mais ce sera plus facile qu’avant.
Merci Grand-P’pa.
Salut Maurice.

Note à mes lecteurs : Je serai absent de la blogosphère pour la prochaine semaine. Merci de votre patience.
Posted by V at 01:32:55 | Permanent Link | Comments (5) |