Pierre Morin admet : une grande victoire pour la démocratie
Mise en situation. Vous vous appellez, disons, Roger Moquin. Comme vous êtes un adéquiste convaincu, vous décidez de démarrez un blogue sur lequel vous diffuserez les spins du parti que vous chérissez et où vous pourrez pousser des enjeux que votre parti ne peut pas pousser lui-même, vu sa position. Afin de ne pas trop vous faire remarquer et d’avoir la paix vous signerez vos textes « Éloi Gagné-Martel ». Un jour, un article paraît dans le journal : « Éloi Gagné-Martel serait en fait le pseudonyme de Pitre Miron, employé de l’Assemblée nationale. » Vous vous tapez sur la cuisse ! « Ils peuvent toujours courir ! Partis comme ils sont là, ils me trouveront pas de sitôt ! »
Mais voilà, ce n’est pas ce qui est arrivé. La personne qui était derrière le blogue d’Élodie Gagnon-Martin a choisi, dans la tourmente, de le fermer… Sentait-elle la soupe chaude ?
La fermeture du blogue « Les Dessous… de la politique » constitue une admission tacite. À la limite, pour l’auteur, il aurait été plus cohérent de continuer d’exploiter son blogue, afin d’éviter de confirmer les soupçons. Mais voilà, pourquoi Pierre Morin aurait choisi de fermer son blogue ? Parce que la situation était intenable, tout simplement.
Parce que je connais le fonctionnement des partis politiques, je peux vous affirmer une chose : cette décision ne vient pas de Pierre Morin, elle vient de la direction de l’ADQ. Devant la controverse, l’employeur de Morin lui a dit : « Je ne te back plus. Je ne veux plus courir ce risque. » La direction de l’ADQ ne veut pas d’une manchette disant « Un employé de Marc Picard déclare que le PQ est « brun marde ». »
La seule explication logique du retrait de ce blogue, c’est celle-là. Si le blogueur n’était pas Pierre Morin, il serait toujours actif. Si le blogueur était Pierre Morin et qu’il n’en avait été que de lui, il le serait aussi.
C’est tout à l’honneur de l’ADQ. Elle témoigne ainsi de sa volonté de faire de la politique de façon professionnelle et responsable. Pour un parti qui prétend faire de la politique autrement, il était temps.
C’est une grande victoire pour la démocratie. Les blogues politiques sont en effet appelés à devenir un acteur important du débat politique. Mais voilà : pour se permettre de s’exprimer sur les enjeux collectifs, il faut le faire à visière levée. Sinon, de quel droit pourrait-on demander aux personnalités publiques d’agir de façon transparente, si elles peuvent être attaquées et diffamées par une personne masquée ? Ce serait injuste et immoral et il doit en être autrement.
Il faut réfléchir à l’éthique de la blogosphère politique. Qu’est-ce qu’on peut dire ? Qu’est-ce qu’on ne peut pas dire ? Comment le faire. Les politiciens sont liés par des règles légales. Les journalistes ont des règles déontologiques. Par conséquent, il serait inacceptable que la blogosphère devienne le Far West du débat public.
Sinon, préparez vous. Ça ne fait que commencer. Ça fait un an et demi que je blogue et c’est une partie importante de ma vie dont je ne pourrai plus me passer. Pierre Morin reviendra donc. Il le fera en tant qu’anonyme et non plus sous une fausse identité. Il a appris. Il faudra être prêt à riposter. Nous en discuterons donc à nouveau dans les prochaines semaines. Nous discuterons aussi de l’éthique du blogueur politique. Mais, plus rapidement, nous nous questionnerons aussi sur les méthodes de gestion de l’ADQ.
En effet, en quoi le troisième vice-président de l’Assemblée nationale, Marc Picard, a-t-il besoin d’un directeur de cabinet payé par les contribuables, en l’occurrence Pierre Morin ? Combien cela nous coûte-t-il ? Quelle est sa définition de tâche ? Cette dépense est-elle justifiée ?
On va avoir du fun mon Pierre, accroche toi bien. Et en plus, nous, on agira conformément à la loi.
Bonne chance.


