L’Échelle des quatre « P »
En politique, on aime bien faire des prédictions. Ainsi, la perte en conjectures, l’émission de pronostics et la consultation des oracles demeurent-ils l’essentiel du débat public.
À titre d’exemple, ceux qui sollicitent mon opinion politique ne me demande jamais : « Pourquoi ça va mal à l’ADQ » ? Ou encore : « Qu’est-ce que tu penses que le PQ devrait faire pour battre les Libéraux ? » On me demande toujours : « Selon toi, est-ce que l’ADQ va disparaître ? » Quand ce n’est pas : « Pis ? le PQ va-tu finir par sortir du poulailler ? »
Ainsi, personne ne discute des problèmes fondamentaux sur le plan idéologique des libéraux fédéraux… Chacun préfère se demander s’il existe un possible où Stéphane Dion devient Premier ministre du Canada.
Je parle de tout ça parce que, ici à Québec, c’est le « talk of the town » présentement : « Sommes nous enfin débarrassés de l’ADQ ? » La plupart des gens répondent « oui », sans hésiter.
N’essayez pas de les raisonner, de leur dire que Mario Dumont a plus d’un tour dans son sac, qu’on a plus d’une fois annoncé sa mort, comme celle d’ailleurs d’un certain Jean Charest, rien n’y fait : les gens qui détestent l’ADQ ont décidé de prendre pour acquis qu’elle s’apprêtait à fermer ses bureaux. Comme les fédéralistes qui annoncent la disparition imminente du mouvement souverainiste depuis 1975 et les souverainistes qui prédisent le confinement inéluctable du vote libéral au West Island et à l’Outaouais.
C’est un peu bébé comme attitude… Un peu comme tous ceux, libéraux comme adéquistes, qui prédisaient l’échec inévitable de Pauline Marois à la tête du PQ. « Elle va se faire jeter dehors de son parti comme tous les autres ou sinon je joue pu, bon ! » disaient en cœur Michelle Courchesne et David Chrétien, la larme à l’œil, lors de son élection. On connaît la suite.
C’est un excellent moyen, en fait, de déterminer la maturité politique de quelqu’un : sa propension à faire de la situation qu’il souhaite la conjoncture qu’il prédit.
Aussi, pour contrer ce phénomène, en guise d’outil d’autodéfense intellectuelle, j’ai mis au point la théorie suivante. Je l’ai baptisé la règle des 4 « P ».
Il s’agit de quantifier les chances d’un événement politique de survenir selon les quatre qualificatifs suivants :
Potentiel : Capacité virtuelle, mais non réelle.
Possible : Qui peut se produire.
Probable : Qui a beaucoup de chance de se produire.
Prévisible : Dont on attend la réalisation.
À titre d’exemple, le départ de Jean Charest : il fût un temps, juste après les élections de 2007, il était probable qu’il ne dirige plus le Parti Libéral avant longtemps. Aujourd’hui, force est d’admettre que la crucifixion de J.C. est tout juste assez potentiel pour que le scénario en soit évoqué dans des essais de politique fiction. Pour prendre un exemple plus radical, l’échec d’André Boisclair était prévisible dès le moment même de son élection, mais comme tout le monde voulait croire qu’il avait du talent… mais bon, passons et parlons donc de sujets sérieux !
Pourquoi je dis tout ça ?
C’est parce qu’il en va de même pour l’ADQ de Mario Dumont ! Le 27 mars 2007, sont accession au statut de gouvernement était prévue. Encore une fois, on connaît la suite. Aujourd’hui, tout le monde se demande : « Est-ce que l’ADQ va disparaître ? » La vérité ? On n’en sait rien !
Un enjeux peut se pointer où Dumont sera le seul à réagir sur le sens du monde. Une méga-star, style Nathalie Simard (sic) peut décider de se joindre à lui. Il y a peut-être un bolo adéquiste dans un comté de la Rive-Sud qui a fait toute les portes de son comté avec acharnement depuis un an et qui à l’occasion d’une partielle procurera une épiphanie électorale à l’ADQ d’ici aux générales, comme l’avait fait jadis François Corriveau dans Saguenay.
La vérité, c’est qu’on ne le sait pas. Et que les défaites, bien qu’humiliantes, de l’ADQ dans trois partielles tenues dans des comtés où elle n’a même jamais passé proche de gagner ne change absolument rien à sa capacité de rebondir, d’accueillir tous les mécontents, de droite à gauche, qui cherchent un terrain pour se parker ou encore de se coller à un enjeu politique au hasard (genre « il faut lutter contre les vieillards qui séquestrent leur fille et leurs enfants issus de rapports incestueux dans leur sous-sol en Autriche ») pour faire des gains et y arriver.
C’est pour ça que, voici mon verdict :
Est-ce que la remontée de l’ADQ est prévisible ? Non.
Est-elle probable ? Non plus.
Est-elle possible ? Ho, ça oui !
Il faut les connaître, ces adéquistes. Il faut les avoir vu se fondre dans tous les coins, s’approprier tous les enjeux, comme des charognes, pour savoir qu’ils peuvent se nourrir de n’importe quoi pour rebondir.
Donc, avant de gager sur la mort de l’ADQ, prenez votre gaz égal et mettez plutôt vos sous sur une couple de biographie de politiciens pour savoir qu’annoncer la mort de quelqu’un, c’est souvent un excellent moyen de l’aider à ressusciter.
Parlez en à l'individu qui nous sert actuellement de Premier Ministre…



