Mardi, May 13, 2008

L’Échelle des quatre « P »

En politique, on aime bien faire des prédictions. Ainsi, la perte en conjectures, l’émission de pronostics et la consultation des oracles demeurent-ils l’essentiel du débat public.

À titre d’exemple, ceux qui sollicitent mon opinion politique ne me demande jamais : « Pourquoi ça va mal à l’ADQ » ? Ou encore : « Qu’est-ce que tu penses que le PQ devrait faire pour battre les Libéraux ? » On me demande toujours : « Selon toi, est-ce que l’ADQ va disparaître ? » Quand ce n’est pas : « Pis ? le PQ va-tu finir par sortir du poulailler ? »

Ainsi, personne ne discute des problèmes fondamentaux sur le plan idéologique des libéraux fédéraux… Chacun préfère se demander s’il existe un possible où Stéphane Dion devient Premier ministre du Canada.

Je parle de tout ça parce que, ici à Québec, c’est le « talk of the town » présentement : « Sommes nous enfin débarrassés de l’ADQ ? » La plupart des gens répondent « oui », sans hésiter.

N’essayez pas de les raisonner, de leur dire que Mario Dumont a plus d’un tour dans son sac, qu’on a plus d’une fois annoncé sa mort, comme celle d’ailleurs d’un certain Jean Charest, rien n’y fait : les gens qui détestent l’ADQ ont décidé de prendre pour acquis qu’elle s’apprêtait à fermer ses bureaux. Comme les fédéralistes qui annoncent la disparition imminente du mouvement souverainiste depuis 1975 et les souverainistes qui prédisent le confinement inéluctable du vote libéral au West Island et à l’Outaouais.

C’est un peu bébé comme attitude… Un peu comme tous ceux, libéraux comme adéquistes, qui prédisaient l’échec inévitable de Pauline Marois à la tête du PQ. « Elle va se faire jeter dehors de son parti comme tous les autres ou sinon je joue pu, bon ! » disaient en cœur Michelle Courchesne et David Chrétien, la larme à l’œil, lors de son élection. On connaît la suite.

C’est un excellent moyen, en fait, de déterminer la maturité politique de quelqu’un : sa propension à faire de la situation qu’il souhaite la conjoncture qu’il prédit.

Aussi, pour contrer ce phénomène, en guise d’outil d’autodéfense intellectuelle, j’ai mis au point la théorie suivante. Je l’ai baptisé la règle des 4 « P ».

Il s’agit de quantifier les chances d’un événement politique de survenir selon les quatre qualificatifs suivants :

Potentiel : Capacité virtuelle, mais non réelle.

Possible : Qui peut se produire.

Probable : Qui a beaucoup de chance de se produire.

Prévisible : Dont on attend la réalisation.

À titre d’exemple, le départ de Jean Charest : il fût un temps, juste après les élections de 2007, il était probable qu’il ne dirige plus le Parti Libéral avant longtemps. Aujourd’hui, force est d’admettre que la crucifixion de J.C. est tout juste assez potentiel pour que le scénario en soit évoqué dans des essais de politique fiction. Pour prendre un exemple plus radical, l’échec d’André Boisclair était prévisible dès le moment même de son élection, mais comme tout le monde voulait croire qu’il avait du talent… mais bon, passons et parlons donc de sujets sérieux !

Pourquoi je dis tout ça ?

C’est parce qu’il en va de même pour l’ADQ de Mario Dumont ! Le 27 mars 2007, sont accession au statut de gouvernement était prévue. Encore une fois, on connaît la suite. Aujourd’hui, tout le monde se demande : « Est-ce que l’ADQ va disparaître ? » La vérité ? On n’en sait rien !

Un enjeux peut se pointer où Dumont sera le seul à réagir sur le sens du monde. Une méga-star, style Nathalie Simard (sic) peut décider de se joindre à lui. Il y a peut-être un bolo adéquiste dans un comté de la Rive-Sud qui a fait toute les portes de son comté avec acharnement depuis un an et qui à l’occasion d’une partielle procurera une épiphanie électorale à l’ADQ d’ici aux générales, comme l’avait fait jadis François Corriveau dans Saguenay.

La vérité, c’est qu’on ne le sait pas. Et que les défaites, bien qu’humiliantes, de l’ADQ dans trois partielles tenues dans des comtés où elle n’a même jamais passé proche de gagner ne change absolument rien à sa capacité de rebondir, d’accueillir tous les mécontents, de droite à gauche, qui cherchent un terrain pour se parker ou encore de se coller à un enjeu politique au hasard (genre « il faut lutter contre les vieillards qui séquestrent leur fille et leurs enfants issus de rapports incestueux dans leur sous-sol en Autriche ») pour faire des gains et y arriver.

C’est pour ça que, voici mon verdict :

Est-ce que la remontée de l’ADQ est prévisible ? Non.

Est-elle probable ? Non plus.

Est-elle possible ? Ho, ça oui !

Il faut les connaître, ces adéquistes. Il faut les avoir vu se fondre dans tous les coins, s’approprier tous les enjeux, comme des charognes, pour savoir qu’ils peuvent se nourrir de n’importe quoi pour rebondir.

Donc, avant de gager sur la mort de l’ADQ, prenez votre gaz égal et mettez plutôt vos sous sur une couple de biographie de politiciens pour savoir qu’annoncer la mort de quelqu’un, c’est souvent un excellent moyen de l’aider à ressusciter.

Parlez en à l'individu qui nous sert actuellement de Premier Ministre…

Posted by V at 04:45:09 | Permanent Link | Comments (3) |

Lundi, Mars 24, 2008

Le travail n’est pas fini


L'auteur de cette image est Radicarl. Merci !

Vous vous en doutez bien. Comme tous les Péquistes, je suis bien content du résultat du Conseil national de la semaine dernière. Un parti uni, qui appuie sa chef, qui est prêt à envisager des remises en question importantes. J’ai même gagné mes élections. Et André Pratte qui titre son éditorial du lendemain : « Le PQ est de retour ! ».

Oups… c’est juste que, André Pratte, c’est pas comme si il faisait partie de notre public cible…

Vous savez à quel point j’aime le Parti Québécois. Je le connais assez bien. Et croyez moi quand je vous dis que ce parti, quand il sent qu’il a le vent dans les voiles, a la fâcheuse habitude de se comporter comme un alcoolique repenti qui se pense capable d’aller faire les commissions à la SAQ pour toute la famille avant les fêtes de Noël… Disons que l’optimisme, habituellement, peut être un état d’esprit très dangereux pour ce parti.

Rappelez vous la Saison des idées. Le PQ vogue seul en tête des sondages. Charest est dans le caniveau. « Surtout, ne pas faire des vagues ! Discipline ! Nul besoin de revenir sur les causes de la défaite de 2003 ! » Le PQ, en somme, n’aurait eu qu’à préparer une bonne plate-forme et à monter une bonne organisation pour reprendre le pouvoir. On connaît la suite…

Le travail n’est pas fini, donc. Il reste encore beaucoup à faire au PQ avant de se présenter à nouveau devant les électeurs. De toutes façons, avec la configuration actuelle du Parlement, où les deux partis qui doivent s’entendre pour défaire le gouvernement sont aussi ceux qui se disputent la même clientèle, les élections ne sont pas pour demain. Faudra bien trouver à s’occuper donc.

Justement. Le PQ en est où maintenant ? Son Conseil national d’orientation est passé, sa campagne de financement est en cours. Mais après, on fait quoi ? Vous connaissez les militants du PQ, ils sont un peu boulimiques. Quand ils s’ennuient, ils ont parfois tendance à manger leurs émotions. Quand ce n’est pas leur chef…

Il faut que le parti continue sa réflexion donc. Et qu’il reste actif ! Il faut préparer les élections, rebâtir les finances et recommencer à faire de l'animation politique. À ce sujet, je serais heureux de voir Pauline Marois demander à tous ses députés de lui soumettre un plan de mobilisation complet pour le prochain caucus...

Quant au contenu, les dossiers à venir sont de deux ordres :

Souveraineté : c’est bien beau la « concertation nationale » et les « gestes de gouvernance nationale », je suis d’accord avec tout ça. Mais il faut que l’on arrête de parler de cette stratégie comme un « en attendant ». « Puisque nous ne pouvons pas gagner de référendum, on n’en tiendra pas. Ce qui ne nous empêche pas, « en attendant », de faire des gestes de… ».

Vous voyez ce que je veux dire ? La gouvernance souverainiste, ça doit devenir une stratégie permanente, le moyen que nous utiliserons pour réaliser la souveraineté. Sortir du « tout ou rien », pour entrer dans le « toujours plus ». Et surtout, admettre que, pour y arriver, il est possible qu’on doive en venir à poser des gestes dits « de rupture ». Par exemple, si nous sommes élus avec le mandat de rapatrier l’assurance-emploi, la volonté populaire nous confère la légitimité de procéder autrement plus qu’une Constitution jamais sanctionnée démocratiquement nous en empêche. Donc, pas nécessairement de gestes de rupture, mais des gestes de rupture si nécessaire.

En outre, si je serai toujours d’accord avec la « promotion » de la souveraineté et que je suis convaincu qu’il faut en discuter, il faut admettre aussi que cette question est aussi celle qui a été le plus débattue, qui a fait l’objet du plus d’articles et de publications de l’histoire du Québec. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas de démagogie ou de désinformation qui se fait sur la question ? Absolument pas, mais c’est vrai de la plus infime question soumise au débat public. Cessons de parler donc et préparons nous à agir, quand nous serons au gouvernement. Les Québécois ne veulent plus nous entendre parler de souveraineté. Ils veulent nous voir faire « de la » souveraineté.

Il en va de même avec la question identitaire. Nous avons recommencé à en parler. C’est bien. Mais il ne faut pas reculer. Il faut que cette préoccupation s’incarne dans des politiques complètes et, surtout, cohérentes, notamment en matière d’immigration et sur la question linguistique. À quand une politique nataliste au PQ ?

Social-démocratie : Une fiscalité plus compétitive, hausser certains tarifs, c’est bien beau. Mais avouons que cela se rapproche plus du modeste recentrage que d’une redéfinition du modèle québécois… Il y a beaucoup plus que ça à faire et ça ne doit pas se résumer à se tirer un peu plus à droite.

La nécessité de moderniser la social-démocratie, à mon avis, se résume à la phrase suivante : les Québécois ne veulent pas nécessairement payer moins de taxes et d’impôts, ce qu’ils veulent, c’est savoir qu’ils en ont pour leur argent. Ça, ça se fait de deux façons.

Tout d’abord, en améliorant les services publics et les relations des citoyens avec l’État (augmentation du nombre de guichets uniques, meilleurs efficience des organisations, plus de services en ligne, une fiscalité plus adaptée au besoin des familles, etc…).

Ensuite, en rendant plus transparent le fonctionnement de la machine et des finances publics (facturation en blanc, ventilation des impôts payés par rapport au budget du Québec, whistleblowing, réforme des institutions, « town hall meeting »).

Donc, les premières positions du PQ sont prometteuses, mais on est encore loin d’un programme électoral et encore plus loin d’une réelle réflexion sur notre modèle de gouvernance. Ici aussi, il faut poursuivre le boulot. À ce sujet, je vous invite à surveiller le prochain textes des Trois travaux du PQ.

Le PQ est bien parti donc. Mais il ne doit surtout pas s’arrêter en si bon chemin. Et ici, je m’adresse à mes amis plus radicaux, qui ont l’impression que l’on ne va pas assez loin, que l’on manque de sincérité, notamment sur la question identitaire : le PQ est de retour (décidément, on s’en sort pas). Mais il revient de très loin. Il faut laisser le temps au temps. Nous avons repris les bons paradigmes, il est temps maintenant d’en tirer les bonnes conséquences. Je pense que Mme Marois est très ouverte à en discuter et qu'elle apprécie beaucoup le dialogue qu'elle a sû créer avec les militants. Ça viendra donc, à condition de ne pas lâcher.

En tous cas, moi, je suis toujours aussi emballé. Et motivé, surtout, par le travail qu’il reste à faire.

Posted by V at 14:16:03 | Permanent Link | Comments (5) |