Par David Tardif
Chers amis, pour cette première entrée, j'ai retravaillé un brouillon que j'avais écrit après l'évènement de couronnement de Pauline Marois au Capitole de Québec. À cette occasion, plusieurs ténors avaient commencé à refaire état d'un crédo qui a toujours bien passé au Parti Québécois. Il se retrouve en plusieurs variantes : expliquer le pays, parler du pays, faire la pédagogie du pays et ainsi de suite.
Il est évidemment tout à fait normal pour un parti de faire une promotion vigoureuse de son objet fondamental. Néanmoins, c'est carrément faire fausse route que de penser que la popularité du parti s'est affaissée par lacune dans la promotion de la souveraineté et c'est se méprendre encore plus tragiquement de croire que c'est dans cette fameuse « pédagogie » que se trouverait la clé de nouveaux succès pour l'option.
Voyons les choses en face : la question nationale est un enjeu politique fondamental au Québec, extrêmement documenté et constamment mis de l'avant. Aucun enjeu dans l'histoire du Québec n'a fait l'objet d'autant d'articles, d'ouvrages, de débats. Il est même vraisemblable de penser que le québécois moyen connaît plus sensiblement cette question que n'importe quelle autre, y incluant les débats majeurs sur l'économie, la santé, la fiscalité ou l'éducation.
Cela empêche-t-il que l'ignorance ou la démagogie aient encore cours ? Pas dut tout, mais cela est vrai de la plus infime chose soumise au débat public. En outre, si les souverainistes ont d'abord pu passer pour des rêveurs, des marginaux, voire des iconoclastes, près de 20 ans de gouvernance et l'endossement de notre projet par plusieurs des grands bâtisseurs du Québec moderne ont définitivement relégué cette époque aux oubliettes. Il ne s'en trouve maintenant que peu, même parmis les fédéralistes convaincus, pour questionner la légitimité démocratique de notre option et le sérieux de notre démarche.
Ensuite, qu'en est-il de l'argumentaire présentant l'indépendance du Québec comme une solution concrète à des problèmatiques actuelles? C'est une approche récente qui porte sans doute beaucoup de bon, mais elle a toutefois le défaut de rendre sceptique. L'enfer est pavé de bonnes intentions : d'une démarche dont l'idée sous-jacente était de renforcer le pragmatisme et la cohérence de notre option on a inventé un nouveau type de promesses électorales.
Ces « promesses référendaires » posent plusieurs problèmes. Elles incitent à motiver platement tous les échecs actuels par la simple présence du Québec dans la fédération canadienne mais surtout, aussi pragmatiques puissent-elles être, elles ne nous sortent pas de la dynamique du « grand soir où tout devient possible ». Or personne n'est dupe : le simple fait que le Québec soit toujours au sein de l'ensemble canadien ne lui enlève en rien une marge de manoeuvre encore bien réelle pour un substantiel développement.
Ce discours de la pédagogie est aussi empreint d'une certaine condescendance. Ainsi, il faudrait « faire comprendre » aux Québécois où se trouvent leurs intérêts et on continuera à se demander pendant les conseils nationaux quand donc que l'électorat « finira pas allumer » que son salut passe par la souveraineté. Peut-être est-il temps de ranger nos argumentaires et plutôt nous mettre à l'ouvrage afin de construire le Québec que nous faisons miroiter aux gens. Pour résumer, en finir une bonne foi pour toute avec le « sortir, parler, convaincre » qui convenait il y a 30 ans, pour s'en remettre au « sortir, écouter, agir » énoncé avec beaucoup de justesse par Pierre Curzi.
Ferions-nous donc les choses à l'envers ? Arrêtons de nous acharner à convaincre et de nous culpabiliser de ne pas assez exalter notre foi envers un Québec libre et autonome. Arrêtons de mousser notre projet comme s'il était une condition sine qua non à l'entrée dans la modernité ou un remède pour tous les maux qui nous affligent.
Il est convenu depuis longtemps d'énoncer au Parti Québécois que « l'indépendance du Québec, ce n'est que le début ». Or c'est peut-être là que le problème réside : la souveraineté doit arrêter d'être vue comme un outil sans quoi on ne peut rester que pantois. La souveraineté doit être envisagée dès maintenant par le Parti Québécois comme la suite logique d'une série de succès sur les plans économique et sociaux. La réalisation d'un destin en somme.
Les conditions gagnantes ne doivent pas être attendues mais bien façonnées une à une. Le Québec doit mettre sur pied une économie prospère avec une fiscalité compétitive et de grandes entreprises oeuvrant dans des secteurs stratégiques. Le Québec doit reprendre le contrôle du réseau de la santé et ses universités doivent devenir en mesure de faire concurrence aux autres institutions nord-américaines. Sur les plans des symboles et de la défense de notre identité, il reste aussi beaucoup à faire. Il en est de même pour la présence du Québec à l'étranger. Cessons d'attendre le référendum pour construire.
Le Québec est dans une crise de confiance. Taux de suicide endémique, démographie inquiétante, incertitude économique, intégration des immigrants et questionnement sur nos valeurs. Ces défis se comparent à ceux des autres nations occidentales, mais l'indépendance de ces dernières est déjà acquise. Pour cette raison, le Québec ne peut pas se consoler d'être dans le milieu du peloton, voire de s'approcher de la tête. Sans un niveau inébranlable et contagieux de confiance en le futur du Québec, indépendant ou non, le temps viendra à donner de plus en plus raison à ceux qui diront que les Québécois ne veulent plus entendre parler de souveraineté.