Vendredi, Août 17, 2007

LBO sur RJR

Par David Tardif

C'est en fouillant l'actualité des derniers mois, particulièrement les gargantuesques acquisitions de BCE et Chrysler par des fonds de capital privé que je suis tombé sur un film de 1993 qui détaille le premier réel "blockbuster deal" en la matière : Barbarians at he Gate - The Fall of RJR Nabisco. Le contexte est le suivant, nous sommes en 1988 et vivons les derniers mois de l'engouement financier fulgurant (ou décadent!) des années 80, juste après le krach de 1987, dans le tournant des scandales Milken/Boesky et à l'orée de la récession de 1990.

RJR Nabisco est un conglomérat américain chapeautant plusieurs produits du tabac et de l'alimentation. Le président, F. Russ Johnson, décide en se levant un beau matin qu'il allait piloter un rachat de la compagnie, espérant que cela allait catapulter le cours de l'action de l'entreprise (les raisons plus profondes de cette impulsion sont franchement obscures...)

C'est ici que le plaisir commence. Johnson, suivant son inimitié pour Henry Kravis de KKR, décide de donner le ballon à un green de Shearson Lehman Hutton (maintenant Lehman Brothers), Peter Cohen. Kravis ne se laissera pas faire et il s'en suivera un "bidding war" fort en chiffres astronomiques, dégoulinant de dettes et surtout rempli de sarcasmes, situations grotesques, crises de nerfs, et concours d'égos.

C'est particulièrement amusant quand on se rappelle qu'avant que Teachers remporte la mise pour BCE, la Caisse de Dépôt était également dans la course avec nul autre que... KKR. Kohlberg Kravis Roberts, pour donner le nom complet, est en fait la firme pionnière des "leveraged buy-outs" et dans le film, Henry Kravis et George Roberts sont montrés, aux frontières de la caricature, comme de réels fossoyeurs sanguinaires et psychopates de compagnies publiques... En outre, pour ceux que ça intéresse, Lehman Brothers était une part importante du consortium new-yorkais ayant organisé le financement de la nationalisation de l'hydro-électricité québécoise dans les années 60.

La qualité du long métrage est à l'effet qu'il ne demande aucune connaissance spécialisé en finance (en fait, il y a même un effort de vulgarisation). Par ailleurs, l'aspect "comédie" du film, qui est en fait une semi-parodie vise vraiment dans le mille. La scène où Johnson est pourchassé dans les toilettes par des fiscalistes et des investment bankers lors d'une soirée de financement à la western pour le ticket Bush-Quayle vaut vraiment le détour...

Posted by David at 12:59:52 | Permanent Link | Comments (1) |

Jeudi, Août 16, 2007

Bears on Parade

Par David Tardif

 

 

 

 

 

 

La dégringolade boursière mondiale place peu à peu le mot "récession" sur plusieurs lèvres. Les médias de grande échelle, peut-être par ignorance, probablement par sensationnalisme, arosent le tout d'allitérations juteuses ("market massacre") d'hyperboles ronflantes et d'authentiques faussetés ("la Banque du Canada sort les presses à billets").

Mais, plus sérieusement, pourquoi de telles craintes? deux raisons en particulier :

  1. Historiquement, les chutes sévères des indices boursiers sont précurseurs de chutes également appréciables au niveau du produit intérieur brut réel et des autres indicateurs économiques.
  2. L'incertitude actuelle concerne les secteurs immobilier et financier. Deux charnières dans toutes les économies occidentales.

Il y a toutefois des bémols à placer. Le Canada, d'abord, est résolument isolé de l'épicentre. Le marché immobilier est d'abord clairement moins périlleux ici qu'aux États-Unis. Ensuite, si l'infrastructure financière américaine serre réellement les dents (y compris chez les très gros joueurs, Bear Stearns est le meilleur exemple), ce n'est aucunement le cas au Canada.

Vous savez les banques canadiennes? Celles qui vous pourchassent avec leurs frais de service? Ces Darth Vader du capitalisme canadien? Eh bien elles sont parmi les rares institutions financières sur la planète à ne pas avoir jambonné en achetant des titritisations de prêts ultra-risqués et, surtout, elles n'en ont pas consenti. Seule la CIBC s'est brûlée, mais si peu, sans compter qu'elle a déjà fait passer la pilule.

Ce que l'on appelle le "subprime mortgage" constitue moins de 5% du volume de prêt hypothécaires au Canada. Par surcroît, ce 5% de crédit à risque a surtout été l'affaire de groupes financiers américains (Citi par exemple).

Plus globalement, les indicateurs fondamentaux de l'économie canadienne sont pour la plupart très solides. Plein emploi, diversification constante de l'économie, entreprises de qualité supérieure, dollar canadien fort et ainsi de suite. Si le bas blesse quelque part, ce sera au niveau des exportations. Une demande américaine jugulée et un taux de change toujours plus fort risque de cogner les derniers clous dans le cercueil des pâtes et papiers et des secteurs apparentés.

À la limite, on pourrait voir une récession aux États-Unis et dans certains pays européens alors que le Canada demeurerait épargné, voire continuerait à croître. Ce n'est aucunement un voeu pieux : alors que les États-Unis étaient dans un marasme profond en 2001-2002, le Canada avait vu son PIB décroître pendant seulement un trimestre et l'économie québécoise a carrément été en expansion constante à travers ce qui était l'effondrement d'une bulle spéculative plus grosse (les technos), dopé par les attentats du 11 septembre et une flambée de scandales financiers.

Aujourd'hui, l'indice composé S&P/TSX va probablement larguer plus de 400 points. Encore une fois, effet de panique appuyé sur bien peu de données fondamentales. Certes, la bourse est un système chaotique, les garanties n'existent pas. Mais je serais étonné que ça dure.

Belle initiative, en terminant, d'Henri-Paul Rousseau qui a réuni à Montréal plusieurs décideurs de la finance canadienne pour tirer quelques ficelles.

Posted by David at 13:49:03 | Permanent Link | Comments (0) |