LBO sur RJR
Par David Tardif
C'est en fouillant l'actualité des derniers mois, particulièrement les gargantuesques acquisitions de BCE et Chrysler par des fonds de capital privé que je suis tombé sur un film de 1993 qui détaille le premier réel "blockbuster deal" en la matière : Barbarians at he Gate - The Fall of RJR Nabisco. Le contexte est le suivant, nous sommes en 1988 et vivons les derniers mois de l'engouement financier fulgurant (ou décadent!) des années 80, juste après le krach de 1987, dans le tournant des scandales Milken/Boesky et à l'orée de la récession de 1990.
RJR Nabisco est un conglomérat américain chapeautant plusieurs produits du tabac et de l'alimentation. Le président, F.
Russ Johnson, décide en se levant un beau matin qu'il allait piloter un rachat de la compagnie, espérant que cela allait catapulter le cours de l'action de l'entreprise (les raisons plus profondes de cette impulsion sont franchement obscures...)
C'est ici que le plaisir commence. Johnson, suivant son inimitié pour Henry Kravis de KKR, décide de donner le ballon à un green de Shearson Lehman Hutton (maintenant Lehman Brothers), Peter Cohen. Kravis ne se laissera pas faire et il s'en suivera un "bidding war" fort en chiffres astronomiques, dégoulinant de dettes et surtout rempli de sarcasmes, situations grotesques, crises de nerfs, et concours d'égos.
C'est particulièrement amusant quand on se rappelle qu'avant que Teachers remporte la mise pour BCE, la Caisse de Dépôt était également dans la course avec nul autre que... KKR. Kohlberg Kravis Roberts, pour donner le nom complet, est en fait la firme pionnière des "leveraged buy-outs" et dans le film, Henry Kravis et George Roberts sont montrés, aux frontières de la caricature, comme de réels fossoyeurs sanguinaires et psychopates de compagnies publiques... En outre, pour ceux que ça intéresse, Lehman Brothers était une part importante du consortium new-yorkais ayant organisé le financement de la nationalisation de l'hydro-électricité québécoise dans les années 60.
La qualité du long métrage est à l'effet qu'il ne demande aucune connaissance spécialisé en finance (en fait, il y a même un effort de vulgarisation). Par ailleurs, l'aspect "comédie" du film, qui est en fait une semi-parodie vise vraiment dans le mille. La scène où Johnson est pourchassé dans les toilettes par des fiscalistes et des investment bankers lors d'une soirée de financement à la western pour le ticket Bush-Quayle vaut vraiment le détour...



