Lundi, Août 06, 2007

Vérité #3 : L'hégémonie prétendue de l'autre camp (2 de 2)

Plusieurs dossiers illustrent cette conviction absolue que chacun des camps a de se faire gérer par l’autre. Prenez le gel des frais. Pour la droite, il s’agit d’une vache sacrée intouchable dont la remise en question seule suffit à nous faire clouer au pilori. Pour la gauche, il s’agit d’une question qui démontre que le Québec a complètement foutu le camp à droite, puisque les élites sont toutes pour un dégel. La vérité, c’est que le gel existe depuis longtemps, qu’il bénéficie d’un large soutien populaire, mais l’idée d’un dégel gagne du terrain très rapidement dans la classe politico-médiatique, ce qui est somme toute récent. Comme quoi, un débat existe au Québec.

Un autre exemple, c’est l’intervention en Afghanistan. Les pacifistes n’en finissent plus de vomir leur haine des médias qui, disent-ils, se font laquais des puissants en nous cachant les vrais raisons de cette guerre et en se faisant de simples relais du gouvernement. Les partisans du déploiement quant à eux déplorent que les médias ne rapportent que les mauvaises nouvelles de l’intervention et ne démontrent que si peu de soutien envers nos gars… « Critiquer la mission, quand même… Ça nuit à la sécurité des soldats qui sont là-bas ! Et qu’est-ce que ça fait que les caméras ne puissent filmer les cercueils qui reviennent ? Un peu de pudeur ! » Le simple fait que les perceptions de la couverture d’un même événement soit aussi distincte témoigne à mon avis de son objectivité.

Des exemples comme ça, il y en a des dizaines. Un dernier, la couverture de la scène partisane. Chez les souverainistes, il y a longtemps que l’on considère que Radio-Canada et Gesca sont responsables de nos défaites. Celle de 2003 par exemple où, comme le prouverait le film « À Hauteur d’homme », ils ont littéralement persécuté Bernard Landry. Pourtant, je suis convaincu qu'on aurait pu faire le même film avec Jean Charest dedans, quand il se faisait questionné avec acharnement sur les défusions ou avec Mario Dumont, quand les médias ont décidé de lui faire la peau à mi-campagne, alors qu’ils se sont tannés de jouer avec (je parle de 2003, je le redis). De même, je me rappelle une discussion avec un vis-à-vis libéral, positionné très haut dans les instances, qui m’expliquait, en 2005 que l’unique problème de son gouvernement, c’était la couverture médiatique. Même la Presse, me disait-il, était rendu péquiste ! Les adéquistes aussi sont nombreux à blâmer les médias pour la longue période qu’il leur aura fallu pour percer l’électorat et, encore aujourd’hui, pour le manque de sérieux qu’on leur accorde.

Pourrait-on être plus responsable ? La droite pourrait-elle faire son baratin, pousser ses points (elle a bien les moyens de le faire !), sans toujours se plaindre de se faire critiquer (ce qui est légitime !). C’est pas comme si elle avait pas plusieurs victoires à son actif depuis quelques années…

Quant à la gauche, pourrait-elle au moins s’apercevoir que le Québec est la juridiction nord-américaine avec la couverture sociale la plus large ? Que cette société jouie d’un dialogue social tout à fait original où la « société civile » profite de lieux de participation et d’accès à nos dirigeants raisonnables ? Que, quand on y regarde de plus prêt, la réingéniérie de l’État a pas donner grand-chose et que, de l’argent sur la dette, il s’en est pas mis beaucoup depuis cinq ans ? Que le Québec, en somme, est une société, plutôt ancrée à gauche, encore aujourd’hui ?

Quand j’en vois un, un gauchiste, fan des Cowboys Fringants avec le poing dans les airs et déplorer « cette fausse démocratie qui sert les riches et les bandits », quand j’en vois un, un fan de CHOI, crier « Liberté ! » et demander à être délivrer de sa république de bananes, j’ai juste envie de leur mettre le nez dans leur caca et d’envoyer le premier faire un tour au Chili en 1973 et le second participer à une petite manifestation en Biélorussie.

La démocratie est un bien trop chèrement acquis pour crier à la dictature dès que l’on perd un combat. Ceux qui tombent dans cette réthorique sont en fait les premiers artisans et les principaux responsables de leur propre marginalisation.

(À lire prochainement, la "vérité" #4 : le multiculturalisme. Préparez-vous, ça va fesser...)

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Jeudi, Août 02, 2007

Vérité #3 : L'hégémonie (prétendue) de l'autre camp (1 de 2)

« Le problème au Québec, c’est que la gauche est toute puissante et qu’elle s’oppose à tous changements !

- Ha ! Mais non ! Le Québec est contrôlé par les puissances lucides et néolibérales qui tiennent le peuple en ignorance avec ses médias ! »

Vous en avez pas assez d’une telle attitude ?

C’est un des problèmes des porte-paroles des différentes forces politiques au Québec : ils souffrent à peu prêt tous d’un grand complexe de persécutions. C’est en fait un des seuls points sur lesquels gens de droite comme de gauche s’entendent : c’est l’autre gang qui a le contrôle !

Ça m’a frappé une fois cet hiver. Frédéric Têtu, l’intellectuel de service de la droite de Québec (professeur au Cégep FX Garneau, ils ont pas les moyens de se payer mieux…), participait à « Il va y avoir du sport ». Je cite de mémoire : « Je suis dans la trentaine et j’ai passé toute ma vie et je passerai la plus grande partie du reste de ma vie sous un gouvernement de gauche. » Ha bon… Il est manifeste que Jean Charest a une gestion guidée par les intérêts corporatistes des syndicats et qu’il passe son temps à nous inonder de nouveaux programmes inutiles… Quant au déficit zéro du PQ, ne vous laissez pas tromper : ce n’était rien d’autres qu’une diversion pour nous imposer un nouveau système de garderies étatisées et syndiquées…

La droite est prompte, donc, à voir la gauche partout. Radio-Canada, les artistes, les grands projets qui ne se réalisent pas, les « vaches sacrées », les chroniqueurs dans les grands médias, lesquels ouvrent grandes leurs pages à tous les lobbies, les syndicats qui gouvernent le Québec, le "national-syndicalisme" de Réjean Breton, la « persécution » dont sont victimes les gens de droite : voilà autant de manifestations d’une gauche qui contrôlerait tout et qui nuirait au développement de cette société. "L'Illusion tranquille" résume très bien cette pensée.

De l’autre côté, la gauche aussi se plaint de son manque d’espace. « La gauche a pas de tribunes au Québec ! Je le disais justement hier à RDI ! » font dire les Zappartistes dans un excellent sketch mettant en vedette une imitation d’Hélène Pedneault à Indicatif Présent. Ainsi, les médias sont contrôlés par de grands groupes de presse qui ont plein d’intérêt partout, notamment à ce que l’on nous tienne dans l’ignorance. Même le Devoir serait rendu de droite !

Ainsi, la dictature néolibérale étend ses viles tentacules. « 92% des gens ont voté pour un parti de droite lors des dernières élections, c’est dire ! » « De toutes façons, les syndicats eux-mêmes sont rendus à droite, suffit de constater l’importance du Fonds de solidarité de la FTQ dans l’économie québécoise pour en être convaincu… » « Et la gestion des finances publiques dans tout ça, cette obsession de la dette. Arrêtez de tout investir là-dedans ! » disent-ils, comme si celle-ci avait fait l'objet d’un effort de réduction dans le dernier budget supérieur à 1% des revenus du Québec… Les Audrey Benoît et les Françoise David sont d'éloquentes représentantes de la dénonciation de la dictature de droite qui sévit au Québec.

Remarquez, on est toujours à la gauche de quelqu’un ou à la droite d’un autre… Quand je suis allé en France, où je travaillais pour le parti communiste, par deux fois des camarades m’ont dit : « T’es du PQ ? Wow ! Ça c’est de la vraie gouvernance de gauche… Pas comme le parti socialiste ici ! » Lequel PS venait de passer la loi sur les 35 heures. Pas un exemple de néolibéralisme à tous crins disons…. J’ai failli leur faire un « Jacques-Cartier inversé », c’est-à-dire venger Donnacona et ses fils en les kidnappant pour les ramener de l’autre bord pour les montrer à mes amis de gauche.

(La suite demain)

Posted by V at 17:04:28 | Permanent Link | Comments (5) |

Jeudi, Juillet 12, 2007

Vérité #2 : Nationaliser, c’est bon/mauvais

J’apprécie le pragmatisme. Ainsi, je crois, bien candidement, qu’un gestionnaire public responsable, lorsque vient le temps de choisir la meilleure option pour développer un champ d’activité devrait examiner absolument toutes les options, de la nationalisation totale à la privatisation complète, en passant par les PPP afin d’être sûr de choisir l’option qui sert le mieux l’intérêt public.

Je trouve donc irresponsables ceux qui pensent que telle activité serait nécessairement mieux menée si elle était faite sous contrôle étatique, de même que je dénonce la création par le gouvernement de Jean Charest d’une agence qui a pour mandat de « faire la promotion des partenariats publics-privés.

Ce qui m'amène à jaser de tout ça, c’est cette récente intervention du député adéquiste Claude Roy, faisant la promotion de la nationalisation du développement éolien. Quant on connaît la méfiance systématique que les gens de sa mouvance ont envers l’État, cette position a effectivement de quoi surprendre.

Admettons que le député Roy, qui s’était fait remarquer lors de la dernière campagne électorale par ses déclarations contre le registre des armes à feu, n’a peut-être pas mesuré davantage ses paroles cette fois-ci. À l’image d’une Ségolène Royal prenant position pour la souveraineté du Québec, il est possible que ce jovial personnage ne connaisse pas toutes les implications d’un tel projet.

Cela étant dit, les réactions qu’a suscitées son intervention illustrent bien, encore une fois, les travers de la gauche et de la droite. À gauche, au lieu de saluer cet appui, on énonce son incompréhension : Que fait-il à l’ADQ ? « On peut pas être adéquiste et croire en l’État en même temps, bon ! » « Il a pas le droit d’avoir une idée en commun avec Québec Solidaire ! » Ça me rappelle l’argument massue de Marc Laviolette en faveur de la nationalisation de l’éolien l’an dernier, lors d’un conseil national : « Si c’était bon en 1962, ça l’est encore aujourd’hui ! » Ha ok, dans ce cas, plus la peine d’en discuter !

À l’autre extrémité, il y a les gens de droite. « J’ai pas voté pour ça ! » « Heille le socialiste, vas-t-en à QS ! » disent les lettres ouvertes. Les blogueurs adéquistes, par leur silence, témoignent de leur malaise. Et, à d’autres moments, on en a vu des gens de droite, clamer à tous vents : « Au 21e siècle, l’État n’est plus une solution. » Point final à la ligne, tout ce qu’il y avait à nationaliser l’a été. C’est Margaret Thatcher qui l’a dit.

Entre les deux, le même malaise. Chez les sociaux-démocrates du PQ, on sera prompt à dire que « la nationalisation, c’est quand même très très à gauche comme option… » En tous respects pour François Legault, qui s’était fait le défenseur du développement de l’éolien par le privé, l’argument « nationaliser nous ferait mal paraître sur les marchés internationaux » ne tient pas la route à mon avis, à moins que l’on me démontre que le fait que Hydro-Québec continue à assumer sa mission ne fasse reculer un seul investisseur étranger. L’État qui opère des éoliennes ? Whou ! En avant la décote !

Je trouve que dans tous ces cas, on évite de discuter du fond, ce que le député Roy semble avoir bien candidement tenté de faire. Quelle est la meilleure façon de tirer le plein potentiel de cette richesse et de le faire de façon intelligente ? C’est la seule question à se poser et je ne crois pas que l’idéologie est une bonne maîtresse ici.

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas particulièrement étatique dans ma pensée politique. Pourtant, je suis porté à être sympathique à l’idée de la nationalisation. Je vous explique pourquoi.

Tout d’abord, mon lit n’est pas fait sur la question. Les questions énergétiques, c’est extrêmement complexe. Essayez juste de comprendre comment fonctionne la régie de l’énergie et vous m’en reparlerez. Les gens qui arrivent à des conclusions faciles et définitives en la matière m’apparaissent suspects…

Je suis sensible aussi aux arguments des collectivités locales, municipalités et MRC qui aimeraient bien garder ce développement pour elle, histoire de gagner un peu de sous. Je suis d’accord aussi que développement par l’État ne veut pas dire automatiquement développement respectueux, comme l'explique Brigitte Breton dans un très bon éditorial paru hier dans le Soleil.

Pourtant, je suis porté à penser que le marché de l’énergie dans le monde du 21e siècle prendra une telle importance stratégique sur le plan géopolitique qu’il nous faut absolument exercer le plus grand contrôle politique en la matière. En outre, il est démontré que certaines activités économiques, vues leur coûts fixes importants et/ou la nécessité d’une certaine uniformité dans les normes et les méthodes, sont mieux servies par un monopole que par un système de concurrence. Dans un tel secteur, si monopole il doit avoir, je préfère donc que l’État soit en charge que contraint de négocier avec un géant.

Encore une fois, je répète que je peux me tromper, mais il me semble qu’un examen attentif de la question nous amène à penser que la nationalisation de l’éolien peut être une option tout à fait intéressante et que l’on a été très prompt à l’écarter dans les dernières années quand est venu le temps pour Hydro-Québec de décider comment ce développement se ferait.

À ce sujet d’ailleurs, permettez-moi de souligner la formidable incurie de Thierry Vandal, PDG de la société d’État, qui avançait comme argument contre la nationalisation : « Hydro-Québec n’a jamais été un équipementier. Ainsi, les efforts pour développer l’expertise et pour produire les nacelles et les hélices des tours ne seraient pas rentables. » Allo ? Hydro fait dans les centrales hydrauliques depuis soixante ans et a-t-elle déjà produite une seule turbine ? Ben non, elle les achète dans le privé, au meilleur prix disponible sur le marché et c’est bien ça la solution la plus rentable. Même le Venezuela d’Hugo Chavez achète ses turbines à GE Canada… Je présume qu’on ferait la même chose si on développait l’éolien nous-mêmes. Évoquer un tel argument, c’est vraiment prendre les gens pour des caves.

Je conclue donc en prenant cet exemple pour dire que, encore une fois, rien n’est blanc, rien n’est noir. Exclure la nationalisation ou la choisir d’emblée, avant examen, ne sert pas l’intérêt public. De même, l’exemple de l’achat des turbines à GE démontre bien que le privé a une place en partenariat avec l’État dans la réalisation de nos entreprises collectives. Les tenants des PPP à tous prix devraient se rendre compte qu’ils n’ont rien inventé et que ça fait déjà un bail que les gestionnaires publics choisissent cette option, quand il s’agit bel et bien de celle qui est la plus efficace.

Posted by V at 13:00:24 | Permanent Link | Comments (2) |

Mercredi, Juillet 04, 2007

Vérités #1 : l’information

En économie et en finances, le degré d’information des différents acteurs est un aspect fondamental qui leur permet de prendre des décisions éclairées. Il en va de même en politique.

Ainsi est-il normal que l’information des gens qui participent à notre démocratie soit elle-même discutée et questionnée. Je parle ici davantage de l’ensemble des compétences dites « citoyennes », qui permettent de comprendre les enjeux et de participer à la délibération collective, que du monde médiatique, bien qu’il en soit un aspect essentiel.

Aussi, je trouve que, gens de gauche comme gens de droite ont souvent une perception tronquée de cette question, ce qui a pour effet de nuire à la qualité du débat en le faisant dévier sur la forme plutôt que sur le fond.

Il me semble que, à gauche, on part un peu du principe de l’incompétence citoyenne des gens. Ainsi, les gens qui ont voté pour l’ADQ ne savaient pas vraiment ce qu’ils faisaient. À les entendre, 64% (ou 92%, selon leur degré de radicalité !) des Québécois auraient voté pour un parti de droite parce qu’il n’a pas eu accès à toute l’information, que les médias, contrôlés par de grands groupes de presse, auraient offert une couverture partiale et/ou incomplète de la campagne.

Ainsi, quand les idées de gauche ne passent pas, c’est évidemment parce que les gens ne les comprennent pas. C’est la même chose pour la souveraineté. La gauche est prompte à brandir des sondages qui indiquent que les Québécois seraient contre la guerre en Afghanistan et pour le gel des frais de scolarité, mais elle échoue à expliquer pourquoi ils ne votent pas en conséquence.

Un des fondements de certaines politiques de gauche : le gouvernement saurait mieux que les gens où investir leur argent. Vous vous souvenez de cet attaché de presse libéral qui disait que si les conservateurs donnaient suite à leur engagement d’envoyer un chèque mensuel à toutes les familles, les pauvres l’utiliseraient certainement pour s’acheter de la bière et du pop corn ? Il y a d’ailleurs un excellent dialogue dans ces eaux-là dans la première saison de « West Wing ». Josh, le directeur de cabinet adjoint du président discute avec Donna, sa secrétaire. Elle lui demande pourquoi, si le gouvernement fait un surplus budgétaire cette année elle ne peut pas ravoir une partie de l’argent qu’elle a payé en impôt. Il lui répond que le gouvernement sait mieux qu’elle comment dépenser son argent. Elle lui demande pourquoi et il répond : « Cause we’re democrats ».

La solution de la gauche, c’est donc de faire dans l’éducation populaire et dans la démocratie participative. Si les citoyens sont interpellés et que l’on augmente le nombre de lieux où ils pourront s’exprimer, nécessairement, ils s’exprimeront davantage et dans le bon sens en plus !

L’ennui, avec cette théorie, c’est que, de nos jours, avec internet et tout, les gens ont complètement accès à toutes les sources d’information possibles et inimaginables. Ceux qui ne l’utilisent pas le choisissent. Ils peuvent être mieux informés, ils peuvent participer davantage. Juste à voir la blogosphère politique : les gens qui tiennent un blogue et ceux qui les visitent sont presque exclusivement des militants d'une organisation politique quelconque. « Le vrai monde », dont parle l’ADQ, ce sont en fait ces gens qui n’ont pas le temps ou l’énergie de s’impliquer dans leur conseil de quartier. Conclusion : les citoyens ne s’approprient pas les lieux de participation, ce sont les groupes de pression qui le font.

Ce qui nous permet de faire un lien avec l’autre regard tronqué de l’information, soit celui de la droite. À entendre parler la droite, les citoyens possèdent tous de grandes connaissances en gestion. Ainsi, ils sauraient beaucoup mieux que le gouvernement quoi faire avec leur argent.

Encore une fois selon différents degrés de radicalité, ils pensent qu’en diminuant les dépenses de l’État, ce qui permettrait de diminuer le fardeau fiscal, la proverbiale sagesse des contribuables leur permettrait de répartir eux-mêmes l’argent de façon plus équitable dans la société. Étant donné que les gens seraient d’habiles planificateurs financiers, ils ajusteraient leur épargne et leur consommation d’une façon qui tendrait vers la perfection et que l’on peut d’ailleurs prévoir au moyen de savants modèles théoriques qui permettent de mesurer l’élasticité de la demande et le multiplicateur de la consommation. Ces gens là croient vraiment que si un travailleur récupère vingt dollars par paie grâce à une baisse d'impôt, il planifiera d'en dépenser une moitié et d'économiser consciencieusement l'autre pour mettre deux cents balles de plus dans ses REER au mois de mars.

En plus, libérés de l’impôt, les gens se feraient subitement philanthropes, consacrant une partie importante de l’argent dégagée à des œuvres de charité ce qui, les sommes dépensées dans la piètre gestion de l’État en moins, serait à peu prêt équivalent à l’actuel financement de l’action communautaire.

On tient aussi pour acquis la connaissance des gens pour plusieurs phénomènes non avérés. « Tout le monde le sait, un fonctionnaire travaille moins qu’un travailleur du privé. » Quant on demande, même à quelqu’un de bien renseigné, d’où vient son assertion (une étude, une expérience personnelle, le témoignage d’un parent ou d’un ami ?), il présente la chose comme indiscutable : « Ben là, on le sait, le public est moins efficace ».

Encore une fois, il en va de même pour les idées fédéralistes. Ainsi, les Québécois seraient tous convaincus de l’adulation totale que le monde voue au Canada et habités par la crainte intrinsèque de perdre leur passeport canadien. Non mais, qui a une idée au juste de la perception que l’on a à l’étranger du Canada ? Ne me dites pas que c’est avec une couple de voyage dans le sud dans des clubs trop contents de voir les gens d’ici dépenser du cash là-bas que l’on se fait une idée là-dessus…

À leurs yeux, finalement, toutes volontés de maintenir une intervention publique dans un secteur serait empreint d’un paternalisme nocif ou plutôt d’un maternalisme primaire, comme le disait André Arthur avec son expression dite du « gouvernemaman ». Le gouvernement restreint la circulation des armes à feux ? On cherche à nous contrôler ! Les municipalités conservent des interdictions de tourner à droite aux feux rouges ? Ils nous pensent moins intelligents que les Ontariens ! Et etc… etc… etc…

Donc, pour résumer grossièrement ma thèse : la gauche prend pour acquis que les gens sont des idiots, la droite qu’ils sont des cerveaux. La réalité est pourtant beaucoup plus subtile et je crois que c’est pourrir le débat et détourner l’attention sur les vrais enjeux si l’une des deux gangs explique toujours tout par « c’est parce que les gens savaient pas » et que l’autre justifie toujours toutes ses interventions par « mais les gens savent ».

Pour conclure, je crois en fait que les raisons des récents succès de la droite s’inscrivent dans cette dynamique : sa posture, dans le contexte, est plus flatteuse pour les gens, plus racoleuse. C’est elle qui tient le discours positif, celui de l’empowerment. Quant à la gauche, ce n’est pas en continuant de dire que les gens qui ont voté Dumont sont des crétins qu’elle va les convaincre de voter pour elle…

Posted by V at 13:34:08 | Permanent Link | Comments (0) |

Les « Vérités » qui pourrissent le débat politique

Mon post d’hier et les quelques commentaires que j’ai reçu à son sujet m’ont inspiré une nouvelle série de post. La cigale politique, ayant blogué tout l’hiver, se trouvant fort dépourvue une fois l’été venu, cette série m’aidera à combler les blancs et les manques d’inspiration ici et là.

Je souhaite donc m’attaquer aux grands mythes, préjugés, lieux communs qui, à mon sens, rende le débat politique moins sain au Québec. Pas dans une optique de gauche ou de droite mais plutôt dans une recherche d’un débat politique plus normal, plus équilibré, un débat où l’on discute les enjeux à leur mérite et où l’on cherche des solutions, dans une quête de bien commun. Une démarche démocratique donc.

Un peu prétentieux, ne trouvez-vous pas ? Cet effet sera contrebalancé par une bonne dose d’humour et un certain manque de rigueur ! En effet, je ne suis pas chercheur, je n’étudie pas en sciences sociales. Je ne citerai pas d’études sur la participation citoyenne, sur les réflexes d’organisation. Ce site en est essentiellement un de commentaires et non pas d’analyses, quoique je n’ai pas de complexes quant à la profondeur de mon propos. Et, après tout c’est l’été.

Je compte donc vous soumettre mes réflexions sur ces raccourcis que tous les acteurs politiques – élus, journalistes, commentateurs, citoyens – prennent trop souvent.  Les généralisations seront abusives, des raccourcis, j’en prendrai aussi. Mon but : éclairer certaines pratiques, presque devenue des réflexes, qui font en sorte que le débat québécois est moins riche et dynamique qu’il ne pourrait l’être.

À ce sujet, je souhaite précisé que j'ai été politisé dans une époque où les Libéraux fédéraux et le PQ menait la lutte au déficit zéro, où les Républicains montaient en force aux États-Unis, où le Labor courtisait le centre et où les Libéraux provinciaux, puis les Conservateurs et finalement les Adéquistes connaissaient un succès électoral après l'autre. Mon époque en est une où le débat politique tend vers une certaine droite, pour le meilleur ou pour le pire. Je précise ça pour dire que certains comportements que je prêterai à la gauche dans mes analyses ne sont peut-être pas fondamentalement les siens et que ceux que je prêterai à la droite ne sont peut-être après tout que ceux de celui qui monte en force.

J’espère que vous serez nombreux à enrichir mes réflexions.

Posted by V at 12:01:40 | Permanent Link | Comments (0) |