Vérité #3 : L'hégémonie prétendue de l'autre camp (2 de 2)

Plusieurs dossiers illustrent cette conviction absolue que chacun des camps a de se faire gérer par l’autre. Prenez le gel des frais. Pour la droite, il s’agit d’une vache sacrée intouchable dont la remise en question seule suffit à nous faire clouer au pilori. Pour la gauche, il s’agit d’une question qui démontre que le Québec a complètement foutu le camp à droite, puisque les élites sont toutes pour un dégel. La vérité, c’est que le gel existe depuis longtemps, qu’il bénéficie d’un large soutien populaire, mais l’idée d’un dégel gagne du terrain très rapidement dans la classe politico-médiatique, ce qui est somme toute récent. Comme quoi, un débat existe au Québec.
Un autre exemple, c’est l’intervention en Afghanistan. Les pacifistes n’en finissent plus de vomir leur haine des médias qui, disent-ils, se font laquais des puissants en nous cachant les vrais raisons de cette guerre et en se faisant de simples relais du gouvernement. Les partisans du déploiement quant à eux déplorent que les médias ne rapportent que les mauvaises nouvelles de l’intervention et ne démontrent que si peu de soutien envers nos gars… « Critiquer la mission, quand même… Ça nuit à la sécurité des soldats qui sont là-bas ! Et qu’est-ce que ça fait que les caméras ne puissent filmer les cercueils qui reviennent ? Un peu de pudeur ! » Le simple fait que les perceptions de la couverture d’un même événement soit aussi distincte témoigne à mon avis de son objectivité.
Des exemples comme ça, il y en a des dizaines. Un dernier, la couverture de la scène partisane. Chez les souverainistes, il y a longtemps que l’on considère que Radio-Canada et Gesca sont responsables de nos défaites. Celle de 2003 par exemple où, comme le prouverait le film « À Hauteur d’homme », ils ont littéralement persécuté Bernard Landry. Pourtant, je suis convaincu qu'on aurait pu faire le même film avec Jean Charest dedans, quand il se faisait questionné avec acharnement sur les défusions ou avec Mario Dumont, quand les médias ont décidé de lui faire la peau à mi-campagne, alors qu’ils se sont tannés de jouer avec (je parle de 2003, je le redis). De même, je me rappelle une discussion avec un vis-à-vis libéral, positionné très haut dans les instances, qui m’expliquait, en 2005 que l’unique problème de son gouvernement, c’était la couverture médiatique. Même la Presse, me disait-il, était rendu péquiste ! Les adéquistes aussi sont nombreux à blâmer les médias pour la longue période qu’il leur aura fallu pour percer l’électorat et, encore aujourd’hui, pour le manque de sérieux qu’on leur accorde.
Pourrait-on être plus responsable ? La droite pourrait-elle faire son baratin, pousser ses points (elle a bien les moyens de le faire !), sans toujours se plaindre de se faire critiquer (ce qui est légitime !). C’est pas comme si elle avait pas plusieurs victoires à son actif depuis quelques années…
Quant à la gauche, pourrait-elle au moins s’apercevoir que le Québec est la juridiction nord-américaine avec la couverture sociale la plus large ? Que cette société jouie d’un dialogue social tout à fait original où la « société civile » profite de lieux de participation et d’accès à nos dirigeants raisonnables ? Que, quand on y regarde de plus prêt, la réingéniérie de l’État a pas donner grand-chose et que, de l’argent sur la dette, il s’en est pas mis beaucoup depuis cinq ans ? Que le Québec, en somme, est une société, plutôt ancrée à gauche, encore aujourd’hui ?
Quand j’en vois un, un gauchiste, fan des Cowboys Fringants avec le poing dans les airs et déplorer « cette fausse démocratie qui sert les riches et les bandits », quand j’en vois un, un fan de CHOI, crier « Liberté ! » et demander à être délivrer de sa république de bananes, j’ai juste envie de leur mettre le nez dans leur caca et d’envoyer le premier faire un tour au Chili en 1973 et le second participer à une petite manifestation en Biélorussie.
La démocratie est un bien trop chèrement acquis pour crier à la dictature dès que l’on perd un combat. Ceux qui tombent dans cette réthorique sont en fait les premiers artisans et les principaux responsables de leur propre marginalisation.
(À lire prochainement, la "vérité" #4 : le multiculturalisme. Préparez-vous, ça va fesser...)




