La République des amis
La théorie semble se confirmer : le ministre Mulcair a été rétrogradé parce qu’il s’opposait à certaines visées du cabinet du premier ministre… ou plutôt de proches du premier ministre.
Mes amis cyniques se moqueront peut-être de mon angélisme, mais n’y a-t-il pas là quelque chose de fort préoccupant à ce qu’un ministre, qui en théorie a pour fonction de veiller au respect de l’intérêt publique dans son champ d’attribution, doive, pour connaître la réussite professionnelle, obéir au doigt et à l’œil au grand boss ?
Dans mon passé de militantisme récent, on m’a plus d’une fois expliqué qu’il était fondamental d’être loyal au chef dans notre système politique. De ne jamais être un obstacle, de toujours être un facilitateur de l’atteinte de ses objectifs.
Ceci étant dit, je pose la question : est-ce que ça doit vouloir dire de ne pas faire sa job ?
Le fonctionnement est connu : c’est la politique par réseau. On se connaît depuis l’université, on se fait des amis. Ceux-ci prennent différents chemins, dont certains, celui de la politique, d’autres celui des affaires et etcetera. On se doit alors la loyauté. Venir en aide aux projets de l’un, bénéficier du financement de l’autre. On n’évalue alors plus les projets et les ambitions de chacun au mérite, mais bien sur le critère de l’importance des services passés, de la loyauté, du soutien financier ou politique de ses fameux amis. C’est ce qui semble être la voie d’une carrière politique réussie. L’ennui, c’est que ça encourage la médiocrité.
Prenons un exemple hors de la politique, c’est-à-dire celui du hockey. Wayne Gretsky a la responsabilité de former le meilleur club possible pour aller chercher la médaille d’or. Ce faisant, par loyauté (quelle belle qualité), il choisit certains joueurs qu’il dirige et qui le servent bien. Il choisit aussi certains joueurs que dirigent et qui servent bien certains gars avec qui il a déjà joué et qui l’ont bien servi, en souvenir des belles années quoi. Finalement, il choisit certains joueurs qu’il avait sélectionnés il y a quatre ans, qui l’avait alors bien servi, mais qui n’ont rien fait depuis. Résultat : élimination en quart de finale.
La même chose s’applique à la politique : on accumule les dettes, les loyautés se succèdent. Alors, il faut livrer les caprices de tous ses gens si bien attentionnés qui veulent notre bien. Ou on se retrouve backbencher.
Remarquez, je ne suis pas contre la loyauté, contre les amitiés. J’en entretiens moi-même un grand nombre (à tous le moins, je l’espère).
Cela dit, c’est le jour où celles-ci en viennent à primer sur la job que l’on a à faire que l’on peut dire que l’on est quelqu’un de corrompu.
Et c’est le jour où une organisation politique au complet se met à faire primer ses loyautés sur l’intérêt publique que l’on peut dire qu’elle est sclérosée.
Et c’est à ce moment que les gens cessent d’aller voter.



J'ai entendu plusieurs rumeurs concernant la "démission" du Ministre Mulcair. En supposant qu'il ait été mis de côté parce qu'il n'était pas suffisamment conciliant avec ses collègues Ministres, sa "démission" ne peut qu'être un recul en matière de protection de l'environnement. Ainsi, je me dois d'être opposé à cette décision. Je crois cependant qu'il a été remplacé pour une question d'efficacité.
Pour être efficace, un chef d'équipe doit s'entourer de gens en qui il a confiance et avec qui il croit avoir les meilleurs chance d'atteindre ses objectifs. Reprenons ton exemple avec Wayne Gretsky... Wayne Gretsky doit s'assurer de choisir des joueurs avec qui ils s'entendent bien, qu'il pourra diriger efficacement. Ceci est l'un des critères qui doit guider ses choix afin qu'il atteigne le résultat souhaité: Gagner la médaille d'or. C'est d'ailleurs avec pratiquement la même équipe qu'il avait réussit quatre ans plus tôt.
Parallèlement, M. Charest, afin d'atteindre les objectifs de son parti, doit s'entourer de gens en qui il a confiance et qui coopéreront avec lui et le reste de son équipe. La protection de l'environnement a certainement connu un recul depuis le remplacement de M. Mulcair. Néanmoins, on peut en conclure que M. Charest l'a remplacé pour une question d'efficacité. Ainsi, lorsque tu dis que la «République des amis... encourage la médiocrité», je me dois d'ajouter un bémol, pour mentionner que l'un des rôles d'un chef est de bien choisir son équipe afin de réaliser les objectifs de son parti et de former un gouvernement efficace.
Je suis contre la privatisation du Mont-Orford. Je suis pour la préservation des forêts matures et des milieux humides. Ceux-ci abritent une variété d'espèces constituant une importante partie de la biodiversité qui soutient un écosystème dont nous faisons parti. Bref, je ne suis pas d'accord avec la politique environnementale du Gouvernement Charest. Je fais cependant la distinction entre l'efficacité de son Gouvernement et mon opinion personnelle des directions qu'ils empruntent. M. Mulcair a démissionné en partie parce qu'il s'opposait aux décisions du reste du Cabinet. Dans cette perspective, sa démission est en partie imputable à l'inefficacité du Gouvernement Charest à réaliser ses objectifs lorsque M. Mulcair était en poste…
(Comment this)
Ceci dit, je me dois de commenter ton message.
Suivons ton raisonnement : Mulcair nuit à l'efficacité (et à la cohérence aussi, aurais-tu pu dire)
du gouvernement de Jean Charest, dans le dossier du Mont Orford. Cette volonté du PM va-t-elle dans le sens de l'intérêt public ou d'intérêts individuels ?
On entre ici dans une question essentiellement politique : Charest et Béchard prétendent qu'ils agissent pour favoriser le développement économique des environs du parc. Pour ma part, je suis de ceux qui croient que ce sont les intérêts des proches de Charest qui ont primés.
En acceptant cette prémisse, on voit donc que Charest, pour favoriser l'efficacité de son équipe dans l'application d'une décision contraire à l'intérêt public, a congédié Mulcair.
Je pense que, au bout du compte, ça en revient à mon argument de base : cette façon de faire de la politique a pour effet d'éliminer les individus qui sont à leur affaire et qui agisse conformément à l'éthique. Si un gouvernement prenait une bonne décision et qu'il se débarassait d'un ministre qui met du sable dans l'engrenage, ou qui est tout simplement incompétent (Reid ou Chagnon par exemple), je vois pas de problème. C'est l'ordre naturel des choses.
En l'espèce, c'est la motivation de Charest à la base qui est questionnée. À partir du moment où l'on considère qu'elle est mauvaise, on peut considérer que le congédiement de Mulcair, qui découle de celle-ci, est tout aussi questionnable.
Et au bout du compte, on juge au résultat : l'équipe Gretsky l'a-t-elle gagné la médaille d'or cette année ? La réponse est non. Dans sa volonté de ne travailler qu'avec des gens qu'il sait loyal et obéissant à son égard, il a mit de côté les éléments qui lui aurait permis de gagner.
Voilà pourquoi la politique des amis favorise la médiocrité. (Comment this)
Plusieurs considèrent qu'une station de ski ou un golf n'ont pas leur place dans un parc national. La solution serait soit de les éliminer ou d'éliminer le parc. Sur le dossier Orford, l'opinion populaire semble partagée... Ainsi, pour certains, cette décision va à l'encontre de l'intérêt public alors que c'est tout le contraire pour d'autres...
Finalement, je ne crois pas que la démission de M. Mulcair n'est liée qu'au dossier Orford. Orford n'est que la goutte qui a fait déborder le vase. Il y avait plusieurs tensions entre Mulcair et les ministères du transport, des ressources naturelles, de la santé et du développement économique. Parce que Mulcair "bloquait" des projets. Parce qu'il était toujours celui qui s'opposait aux autres lors des réunions du Cabinet. Parce qu'il nuisait au développement immobilier des municipalités (comme à Laval). Parce qu'il appliquait la loi et exerçait les pouvoirs liés à sa fonction avec un peu trop de zèle aux yeux des membres du Gouvernement Charest.
Le dossier Orford n'était pas le premier projet auquel il s'opposait, loin de là... Voilà pourquoi, une question d'efficacité est aussi à la source de la démission de M. Mulcair. Chacun considérait qu'il n'avait pas ça place. Ils l'ont remplacé par un Ministre "yes, yes, oui, oui"... pour une question d'efficacité.
(Comment this)