Mardi, Juin 03, 2008

L’Effet papillon

Imaginez la situation, ça nous est tous déjà arrivé.

Souper bien arrosé, entre amis. Se trouve à votre table une personne charmante. Sourire lumineux, tenue affriolante, regard pénétrant, attributs physiques dont vous auriez envie de vous nourrir pendant toute une nuit (et encore !) : vous ne pouvez détacher le regard du sujet de votre désir un seul instant.

Est-ce l’ex/fréquentation/conjoint(e) d’une de vos connaissances ? Est-ce le frère(sœur) de quelqu’un qui vous est chère ? Tout aussi compliqué, est-ce l’un(e) de vos ami(e)s ? Est-ce que cette personne travaille avec un de vos concurrents ou, pire encore (selon certains) avec qui vous bossez (don’t fuck with the payroll !) ? Est-ce votre supérieur au bureau, votre subalterne ? Est-ce que c’est quelqu’un qu’on vous dit peu recommandable ou infréquentable ? Qu’importe ! Il y a une raison qui vous fait penser que vous ne devriez pas aller au bout de ce désir. Mais, voilà : vous désirez cette personne et, à la limite, le sentiment d’interdit ne fait que fouetter vos sens.

Où est-ce que je veux en venir ?

Je veux en venir au fait que chacun d’entre vous (oui, vous, derrière votre écran d’ordi) s’est déjà retrouvé dans ce genre de situations et a dû en gérer les conséquences.

Mais, en temps normal, ça veut dire quoi comme conséquences ?

Un malaise de lendemain matin (le syndrome du toaster, comme disait mon ami Charlot) ?

Un froid avec des amis ?

Une personne qui vous tache et dont vous cherchez à vous débarrasser ?

Ou, pire (à mon avis !), un fantasme inassouvi qui vous turlupine ?

Bon, nommez-les, mais ces situations sont normales et font partie de la vie de tout le monde.

Maintenant, imaginez vous que vous faites de la politique (mettons, ministre dans le cabinet fédéral d’un gouvernement conservateur…) et que votre « date » a été associée au monde du crime organisé (plus de loin que de prêt, mais à plusieurs reprises quand même…). Je donne ces exemples comme ça, disons…

Bien, là où je veux en venir, c’est que, dans pareils cas, cette baise anodine, ce qui reste au niveau de l’anecdote dans la vie de 99.9% de la population, peut provoquer des conséquences, ma foi, surprenantes. Du genre :

-          Des mentions (quand ce n’est pas des premières pages !) : dans les journaux de près d’une cinquantaine de pays.

-          Un Premier Ministre téflon qui se retrouve embarrassé réellement pour la première fois de son mandat.

-          Des dizaines (si ce n’est pas des centaines) d’appels d’alliés inquiets (et fâchés) au lendemain de la diffusion d’une entrevue qui laisse à penser que certains des renseignements de sécurité qu’ils ont fournis auraient pu être éventés.

-          Deux semaines de questions « non-stop » à la Chambre des Communes.

-          Des articles dans les magasines à potins et des allusions dans les émissions de variétés (ce qui est quand même rare pour un événement « politique », à tous le moins au Québec).

-          Un nombre incalculable d’articles, de vox-pop de Beaucerons, de discussions de tavernes et de salons sur vous, vos compétences, votre background, votre vie privée, votre look, votre orientation sexuelle (est-ce que c’était « vraiment » un front ?) et etc… Votre partenaire d’incartade, qui elle, n’est pas une personnalité publique, subira le même sort.

       -          L’obligation d’un recyclage professionnel.

En somme, je ne veux pas défendre Maxime Bernier. C’est un incompétent, un prétentieux, un idéologue sans profondeur. Il n'était pas à sa place aux affaires étrangères, c'est une bonne chose pour le Canada qu'il ne s'y trouve plus et si ça prenait ça pour que le monde allume qu'Harper l'avait nommer parce que c'est un pion, tant mieux !

Non plus que je veux faire table rase sur ses erreurs diplomatiques (gouverneur de Kandahar, mêler Aristide et Préval, erreur des avions, etc…), politiques (l’eau « qui était dans une rivière et qui est rendue dans des bouteilles », les Joe Louis) et ses fautes de goûts (le « contrat de blonde officielle » et la robe de Julie, sans oublier la célèbre chemise rose et le look « Point Zéro », dans son ensemble) pour résumer son échec à cette seule bad luck.

Seulement, je veux juste attirer votre attention sur ce truc fascinant qui nous rappelle le principe de « l’effet papillon » : une histoire de cul comme chacun vit, a créé une controverse politique.

Parce que c’est de ça qu’il s’agit ! Si, mettons, Jim Flaherty perd un document à quelque part, il avertie le cabinet du PM et ils règlent ça en douce. Pour Bernier, c’était un problème parce que ça allait devenir public lors de la diffusion d’une entrevue et cette entrevue avait lieu parce qu’elle concernait l’ex d’un ministre qui soulevait la controverse à cause de ses liens réels ou présumés avec le crime organisé, lesquels avaient attirés l’attention parce que la madame elle-même avait fait détourner plus d’un regard à cause de sa robe affriolante qui, selon ses dires, aurait été choisie par le ministre. La théorie du chaos à son meilleur !

Et donc, pour en revenir au début de notre propos, c’est comme ça que, ce qui n’est, dans la vie des gens normaux, que flirt ou histoire d’un soir peut déboucher, une fois que l’anecdote survient dans la vie de quelqu’un qui a de grands pouvoirs et, conséquemment, de grandes responsabilités, sur une crise politique qui pourrait faire en sorte de provoquer, par les conséquences électorales qu’elle pourrait avoir, un tournant dans l’histoire politique du pays.

Heureusement, pour les idéalistes qui pensent que ce sont les idées et les programmes qui devraient faire la différence dans le débat public, il reste un espoir : Stéphane Dion est chef du PLC. On peut penser que lorsqu’il se décidera à profiter du contexte, la crise se sera résorbée depuis longtemps !

Posted by V at 03:40:43 | Permanent Link | Comments (2) |
Commentaires
1 - Content que tu posts de nouveau! Intéressant le billet

 (Comment this)

Écrit par: MaxCouture at 2008/06/03 - 16:07:54
2 - Bien que ce fut un excellent billet, je n'en comprends pas trop le dernier paragraphe... Est-ce que tu parles des idéalistes fédéralistes, pour qui cette crise est honteuse pour le Canada? Est-ce que tu tente plutôt de dire que pour les idéalistes heureusement il rehaussera le débat public mais que ce faisant, il pourrait annuller les conséquences politique de cette crise en profitant trop tard de la situation? Éclaires-moi, s. t. p. (Comment this)

Écrit par: Louis-Joseph Benoit at 2008/06/03 - 16:55:51
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