Comme de raisons…

Toujours marrant de voir chroniqueurs, journalistes et blogueurs trépigner devant cette nouvelle, publiée aujourd’hui dans le JdeM, à l’effet de laquelle le Bloc serait en train d’imploser. C’était drôle de voir Marco Fortier, auteur du « scoop », tempérer son article à LCN, après que Bernard Bigras eut remis les pendules à l’heure en entrevue.
L’affaire n’est pas mystérieuse : le Bloc se cherche, Bigras l’a dit en caucus et un ou deux députés bloquistes en mal d’exposure sont allés jacasser à des journalistes. Précisons que le principe du « secret du caucus » vise justement à permettre à ses membres de s’exprimer en toute franchise, sans crainte d’être entendus.
Mais donc, quelle conclusion doit-on en tirer ? Le fait que le Bloc se pose des questions est-il un mauvais signe ? Je ne sais pas pour vous, mais il me semble que, en ce qui me concerne, j’ai beaucoup plus l’habitude de me questionner sur la pérennité d’un parti qui fait comme si tout allait bien que pour un autre qui réfléchie. En somme, je vous dis que moi, en tant que militant souverainiste, quand j’ai su qu’il y avait des grincements de dents au Bloc, j’ai pris ça comme une bonne nouvelle. Les choses bougent !
Ça revient à ce dont je vous parlais dans un billet précédent. Le PQ n’a pas encore pris complètement le virage de la gouvernance souverainiste et ça fait en sorte qu’on est assis entre deux chaises. Cette situation constitue très précisément un exemple de ce que j’évoquais comme danger.
Je m’explique. Gouverner en souverainiste, c’est deux choses : occuper tous les espaces de pouvoir dont dispose le Québec présentement et en ouvrir de nouveaux, en les revendiquant ou en les prenant. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire en attendant de pouvoir faire un référendum pour réaliser la souveraineté. Ça doit devenir notre façon de réaliser la souveraineté : démanteler, un par un, tous les mécanismes de nation building du Canada et de son entreprise d’imposition d’un multiculturalisme délétère et faussement inclusif. C’est ça, le principe de l’effectivité.
Mais l’ennui, c’est que pour l’instant, gouverner en souverainiste, ça se résume à faire des politiques plus nationalistes qu’avant, à défaut de faire la souveraineté. Alors le Bloc se cherche une utilité et c’est normal.
Pourtant, dans une vraie logique de gouvernance souverainiste, le rôle du Bloc Québécois serait plus important que jamais. Imaginez que le gouvernement du Québec décide de rapatrier l’assurance emploi. Le Bloc, tout d’abord, a développé une expertise extraordinaire sur le sujet. Il peut talonner l’exécutif fédéral jour après jour devant son refus d’obtempérer aux exigences du Québec, si jamais il se contente de faire la sourde oreille. Finalement, dans l’hypothèse où notre gouvernement, fort de sa légitimité démocratique, décidait de procéder unilatéralement, le Bloc doit être là pour donner la réplique aux fédéraux quand ils nous accuseront de crimes contre l’humanité. Rappelez-vous Lucien Bouchard, chef de l’opposition officielle à Ottawa, donnant la réplique à l’adresse à la nation du Premier Ministre Jean Chrétien, à la veille du référendum. Cet exemple a lui seul suffit à démontrer pourquoi le Bloc doit être là.
On pourra bien dire que cela revient à améliorer le Canada, mais c’est une raison de plus pour être clair sur nos vraies motivations, c’est-à-dire de détruire un à un les outils de contrôle du gouvernement central sur notre volonté collective. Pour pouvoir le faire par contre, il faut un mandat clair. C’est ce que le PQ comme le Bloc doivent chercher à obtenir lors des prochaines élections. Il appartiendra au peuple de juger, à ce moment-là.
Et, justement, je pense que c’est exactement ce que les Québécois veulent : un gouvernement qui travaille dans le sens de leur besoin, qui prend les moyens pour y arriver et qui, se faisant, accroît notre liberté collective. Je pense qu’on tiens là, à la fois, un excellent programme de gouvernement et une stratégie souverainiste qui fonctionne.
Faire conjuguer l’intérêt électoral des souverainistes et l’intérêt supérieur des Québécois, n’est-ce pas là ce que nous cherchons depuis si longtemps ? En tous cas, vous pouvez être sûrs que ça ne manquera pas de déplaire à tous ces chroniqueurs qui détestent tellement le Bloc qu'ils annoncent perpétuellement sa mort imminente depuis plus de dix ans !


http://www.ledevoir.com/2008/04/01/183054.html
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