Lundi, Mars 24, 2008

Le travail n’est pas fini


L'auteur de cette image est Radicarl. Merci !

Vous vous en doutez bien. Comme tous les Péquistes, je suis bien content du résultat du Conseil national de la semaine dernière. Un parti uni, qui appuie sa chef, qui est prêt à envisager des remises en question importantes. J’ai même gagné mes élections. Et André Pratte qui titre son éditorial du lendemain : « Le PQ est de retour ! ».

Oups… c’est juste que, André Pratte, c’est pas comme si il faisait partie de notre public cible…

Vous savez à quel point j’aime le Parti Québécois. Je le connais assez bien. Et croyez moi quand je vous dis que ce parti, quand il sent qu’il a le vent dans les voiles, a la fâcheuse habitude de se comporter comme un alcoolique repenti qui se pense capable d’aller faire les commissions à la SAQ pour toute la famille avant les fêtes de Noël… Disons que l’optimisme, habituellement, peut être un état d’esprit très dangereux pour ce parti.

Rappelez vous la Saison des idées. Le PQ vogue seul en tête des sondages. Charest est dans le caniveau. « Surtout, ne pas faire des vagues ! Discipline ! Nul besoin de revenir sur les causes de la défaite de 2003 ! » Le PQ, en somme, n’aurait eu qu’à préparer une bonne plate-forme et à monter une bonne organisation pour reprendre le pouvoir. On connaît la suite…

Le travail n’est pas fini, donc. Il reste encore beaucoup à faire au PQ avant de se présenter à nouveau devant les électeurs. De toutes façons, avec la configuration actuelle du Parlement, où les deux partis qui doivent s’entendre pour défaire le gouvernement sont aussi ceux qui se disputent la même clientèle, les élections ne sont pas pour demain. Faudra bien trouver à s’occuper donc.

Justement. Le PQ en est où maintenant ? Son Conseil national d’orientation est passé, sa campagne de financement est en cours. Mais après, on fait quoi ? Vous connaissez les militants du PQ, ils sont un peu boulimiques. Quand ils s’ennuient, ils ont parfois tendance à manger leurs émotions. Quand ce n’est pas leur chef…

Il faut que le parti continue sa réflexion donc. Et qu’il reste actif ! Il faut préparer les élections, rebâtir les finances et recommencer à faire de l'animation politique. À ce sujet, je serais heureux de voir Pauline Marois demander à tous ses députés de lui soumettre un plan de mobilisation complet pour le prochain caucus...

Quant au contenu, les dossiers à venir sont de deux ordres :

Souveraineté : c’est bien beau la « concertation nationale » et les « gestes de gouvernance nationale », je suis d’accord avec tout ça. Mais il faut que l’on arrête de parler de cette stratégie comme un « en attendant ». « Puisque nous ne pouvons pas gagner de référendum, on n’en tiendra pas. Ce qui ne nous empêche pas, « en attendant », de faire des gestes de… ».

Vous voyez ce que je veux dire ? La gouvernance souverainiste, ça doit devenir une stratégie permanente, le moyen que nous utiliserons pour réaliser la souveraineté. Sortir du « tout ou rien », pour entrer dans le « toujours plus ». Et surtout, admettre que, pour y arriver, il est possible qu’on doive en venir à poser des gestes dits « de rupture ». Par exemple, si nous sommes élus avec le mandat de rapatrier l’assurance-emploi, la volonté populaire nous confère la légitimité de procéder autrement plus qu’une Constitution jamais sanctionnée démocratiquement nous en empêche. Donc, pas nécessairement de gestes de rupture, mais des gestes de rupture si nécessaire.

En outre, si je serai toujours d’accord avec la « promotion » de la souveraineté et que je suis convaincu qu’il faut en discuter, il faut admettre aussi que cette question est aussi celle qui a été le plus débattue, qui a fait l’objet du plus d’articles et de publications de l’histoire du Québec. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas de démagogie ou de désinformation qui se fait sur la question ? Absolument pas, mais c’est vrai de la plus infime question soumise au débat public. Cessons de parler donc et préparons nous à agir, quand nous serons au gouvernement. Les Québécois ne veulent plus nous entendre parler de souveraineté. Ils veulent nous voir faire « de la » souveraineté.

Il en va de même avec la question identitaire. Nous avons recommencé à en parler. C’est bien. Mais il ne faut pas reculer. Il faut que cette préoccupation s’incarne dans des politiques complètes et, surtout, cohérentes, notamment en matière d’immigration et sur la question linguistique. À quand une politique nataliste au PQ ?

Social-démocratie : Une fiscalité plus compétitive, hausser certains tarifs, c’est bien beau. Mais avouons que cela se rapproche plus du modeste recentrage que d’une redéfinition du modèle québécois… Il y a beaucoup plus que ça à faire et ça ne doit pas se résumer à se tirer un peu plus à droite.

La nécessité de moderniser la social-démocratie, à mon avis, se résume à la phrase suivante : les Québécois ne veulent pas nécessairement payer moins de taxes et d’impôts, ce qu’ils veulent, c’est savoir qu’ils en ont pour leur argent. Ça, ça se fait de deux façons.

Tout d’abord, en améliorant les services publics et les relations des citoyens avec l’État (augmentation du nombre de guichets uniques, meilleurs efficience des organisations, plus de services en ligne, une fiscalité plus adaptée au besoin des familles, etc…).

Ensuite, en rendant plus transparent le fonctionnement de la machine et des finances publics (facturation en blanc, ventilation des impôts payés par rapport au budget du Québec, whistleblowing, réforme des institutions, « town hall meeting »).

Donc, les premières positions du PQ sont prometteuses, mais on est encore loin d’un programme électoral et encore plus loin d’une réelle réflexion sur notre modèle de gouvernance. Ici aussi, il faut poursuivre le boulot. À ce sujet, je vous invite à surveiller le prochain textes des Trois travaux du PQ.

Le PQ est bien parti donc. Mais il ne doit surtout pas s’arrêter en si bon chemin. Et ici, je m’adresse à mes amis plus radicaux, qui ont l’impression que l’on ne va pas assez loin, que l’on manque de sincérité, notamment sur la question identitaire : le PQ est de retour (décidément, on s’en sort pas). Mais il revient de très loin. Il faut laisser le temps au temps. Nous avons repris les bons paradigmes, il est temps maintenant d’en tirer les bonnes conséquences. Je pense que Mme Marois est très ouverte à en discuter et qu'elle apprécie beaucoup le dialogue qu'elle a sû créer avec les militants. Ça viendra donc, à condition de ne pas lâcher.

En tous cas, moi, je suis toujours aussi emballé. Et motivé, surtout, par le travail qu’il reste à faire.

Posted by V at 14:16:03 | Permanent Link | Comments (5) |
Commentaires
1 - Je vous félicite toutes et tous pour votre capacité à vous relever sans cesse après avoir mangé claque sur claque, un peu à la Mario Dumont avant les dernières élections. Ça témoigne de grandes qualités personnelles.

Mais il vous faudra bien un jour ou l'autre faire face à la réalité : vous n'avez plus rien à offrir à par la bonne gouvernance. Vous n'êtes ni à gauche ni à droite bien au contraire (ok, plus à droite, mais quand même), vous êtes souverainistes mais vous ne pouvez pas faire de référendum. Tout ce qui vous anime c'est votre soif de pouvoir et votre rêve têtu.

C'est quand même drôle, les péquistes que je connais sont toujours les premières et les premiers à se poser en cyniques qui ont tout compris, toujours prêt-es à pointer du doigt et rire des idéalistes, et pourtant leur parti est fondé sur une utopie qui de toute apparence ne se matérialisera pas cette génération-ci.

On a des débats de société majeurs à faire, et ça fait des lustres qu'on ne peut procéder en raison de l'obsession souverainiste du PQ qui maintient le Québec dans une dichotomie souverainiste-fédéraliste, c'est quand même pas moi qui invente ça.

C'est vraiment trop vous demander de nous sacrer patience une petite décennie ou deux? Vous la ferez pas, la souveraineté pure et simple, vous commencez bien à vous en douter, non? Soyez donc lucides, vous aimez tellement ce terme, appliquez-le donc.

René Lévesque, vous le savez mais vous évitez cette citation comme la peste, avait dit qu'un parti politique est supposé durer une génération. Ça fait maintenant une génération que ce monsieur est décédé, ça devrait comme être un signe que c'est le temps de passer à autre chose, non?

Mon conseil : il y a des débats de société importants à faire, choisissez entre le néolibéralisme et le progressisme. Slaquez là la gang qui est de l'autre bord du spectre et là vous aurez quelque chose à offrir. Et prenez donc note que c'est impossible d'être un progressiste néolibéral, aucune quantité de rhétorique ne pourra dé-faire cette réalité. Je sais que vous allez faire de votre mieux pour y arriver mais vous n'aurez jamais raison.

Il est temps de regarder la réalité en face après la cuite de 40 que vous vous êtes tapés. Le PQ est devenu un parti impertinent qui ne peut que ralentir le développement du Québec. Il ne peut s'entendre sur les solutions à apporter aux débats de société actuels en raison de la largeur de sa coalition et ça fait de lui un dinosaure politique, un anachronisme qui aurait dû être enterré avec son premier chef.

Le nationalisme québécois, lui, perdure et perdurera. Le PQ n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais le seul vecteur de ce nationalisme. Faites-lui un peu confiance.

Et, de grâce, ne devenez pas un parti de droite réactionnaire trash, parce que c'est de plus en plus de ça que vous avez l'air. (Comment this)

Écrit par: Sacrez-nous donc patience at 2008/03/25 - 11:20:24
2 - En effet, le Parti Québécois n'est plus une coalition arc-en-ciel visant à faire l'indépendance du Québec. Et, en fait, ce n'est pas si grave, devant le constat de son incompétence à en approcher.

De plus, sa seule existence confine l'ensemble de la politique Québécoise et une partie de la politique Fédérale dans un débat "pro/contre" la séparation du Québec. Ce qui fait qu'on peut se retrouver aujourd'hui avec 3 grands partis situés au même endroit sur le spectre politique, et des petits partis qui veulent jouer la game différemment, mais sans penser à devoir forcer des changements de règlements.

En tout cas, je salue le courage des zélotes comme Claude qui ne lâchent pas le morceau. Moi, ma carte du PQ, après l'avoir foutue au recyclage, a sûrement été recyclée en PQ "Charmin" et je me suis probablement t... avec sans même le savoir.

Disons que je me sens tellement mieux depuis que je suis sorti de la famille totalement dysfonctionnelle du PQ. Y avait ben du bon monde, mais pour la créativité, désolé, ça se rapproche du gros zéro, mais les gens y croient, c'est l'important.


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Écrit par: Eric Bondo at 2008/03/25 - 14:36:15
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3 - Je passerai sur le manque de courage du premier intervenant, qui n'a pas la dignité de s'identifier. Votre propos est intéressant et très développé. Votre choix de l'anonymat en réduit beaucoup la crédibilité, malheureusement.
Vous savez, un parti politique n'appartient pas à sa direction. Il appartient à l'électorat. Le PQ aura perdu sa pertinence, en somme, le jour où les gens cesseront de voter pour lui. Ce n'est pas plus compliqué que ça.
Une fois ceci dit, on peut bien se dire que si le PQ disparaissait, cela permettrait à de plus petits partis de faire leur place. C'est oublier le fait que malgré qu'ils aient bénéficié d'une couverture médiatique plus importante que jamais aux dernières élections, leur score n'arrive toujours pas à s'élever. "Il ne reste que des partis de droite au Québec !" C'est donc dire que plus de 90% des gens ont voté à droite aux dernières élections. Où est-il, ce peuple de gauche, supposé être si nombreux ? Pourquoi ne vote-t-il pas pour QS où les Verts ? Conclusion : ce n'est peut-être pas le PQ qui est le plus en déficit de pertinence.
Le Québec a une tradition de bipartisme solidement installée. Cette époque n'est pas finie. Notre espace politique est en redéfinition. Qui survivra ? Pour ma part, je souhaite au Québec de ne pas se retrouver avec comme alternative les Libéraux et l'ADQ. Le PQ a le devoir de se ressaisir et oui, je crois qu'il a encore la créativité pour le faire.
Je vous donne un exemple : une proposition sur le principe de pouvoir partager son revenu entre conjoints pour des fins fiscales. Exemple : un couple dont un des membres gagnent 45000$ et l'autre 20000$. Selon le nombre d'enfants qu'ils auront, ils pourront payer tous les deux l'impôt équivalent au fait de gagner 32500$ chacun. C'est un exemple de comment on peut revoir notre fiscalité et notre système pour avantager la classe moyenne.
Ce n'est pas tout, mais en regardant aussi les propositions adoptées en environnement et en matière familiale, il ne fait aucun doute à mes yeux que le PQ est encore le parti des politiques publiques originales et redistributrice de richesses et partisan d'une vision où l'État s'implique et tente de maîtriser le marché, plutôt que de le subir. (Comment this)

Écrit par: V at 2008/03/25 - 15:17:37
4 - Ce qui est drôle avec le PQ, c'est que, dépendamment de ses adversaires, il passe de la droite à la gauche.

Les adéquisses prennent un malin plaisir à nous décrire comme des gogauches ou de sales socialistes.

Pendant ce temps, les Québecsolidarisses prennent un malin plaisir à nous décrire comme des droitistes ou de sales capitalistes.

Prochaine étape, sur le front environnement: pendant que les libéraux diront que nous voulons ralentir le développement économique au profit de l'environnement, les verts nous traiterons de tueurs de bébés phoques.
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Écrit par: Guill at 2008/03/25 - 20:36:58
5 - Si Québec solidaire peut ramasser l'aile gauchisante du PQ (les Dubuc, Laviolette et SPQ Libre de ce monde), cette formation politique ne pourra que mieux s'en porter et revenir un peu plus vers le centre, là où les élections se gagnent au Québec.

Le maudit discours des années 1970 où l'État-Providence a réponse à tout n'a visiblement plus la cote au Québec et c'est tant mieux. Avec une société vieillissante, 200 milliards de dette et 43 % de la population active qui ne paie pas d'impôt, la cassette "progressiste" de la supposée distribution de la grande richesse du Québec est plus que risible.

Mis à part quelques propositions qui ont réussit à se faufiler dans quelques ateliers (e.g. : l'allergie aux nouvelles façons de faire en santé), le dernier Conseil national m'encourage à revenir au PQ après l'avoir déserté en 2003 et 2007. Si ce parti trouve des candidatures de prestige dans les comtés prenables et présente autre chose que d'ex-présidents de comté et/ou ex-attaché politique et/ou président de syndicats, le PQ pourrait redevenir une option viable pour un prochain gouvernement. Le PQ doit présenter une équipe diversifiée, avec des experts couvrant tous les champs d'activités d'une société moderne (fiscalité, économie, environnement, politique familiale, etc.). Pas juste des candidats interchangeables aux CV identiques (ex-bloquistes, ex-permanent de la CSN, ex-professeur, ex-attaché politique, etc.). À cet égard, Parizeau avait d'ailleurs recruté une excellente équipe en 1994. (Comment this)

Écrit par: Martin Pelletier at 2008/03/26 - 00:32:24
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