Un peu de lecture

Examen oblige, j'ai peu de temps pour vous écrire aujourd'hui.
Ceci dit, je vous laisse le lien vers cet excellent article de L'Actualité intitulé «Une Charte sur un toit brûlant». Elle discute des motivations et du contexte qui ont mené à la création de la Charte de la Langue française par Camille Laurin.
« Laurin (psychiâtre) voulait clairement administrer un électrochoc à la société québécoise, pour casser des attitudes solidement ancrées chez tout le monde », dit Guy Rocher, l’éminent sociologue, qui, à 83 ans, écrit toujours et continue d’enseigner à l’Université de Montréal — il était le bras droit de Camille Laurin à l’époque. « Laurin avait le sentiment de faire quelque chose pour longtemps. C’était sa conviction. Je l’entends encore dire ça : “ On engage un changement qui sera fondamental pour le Québec, et qui sera irréversible. ” »Devant la barrage de critiques, Laurin tint bon. La situation ne devait pas être facile à vivre politiquement...
« La thérapie collective ne se passa pas très bien au début. Les sièges sociaux de grandes institutions financières plièrent bagage dans un grand tapage. Plus de 200 000 Anglo-Québécois — souvent de la classe moyenne, instruite et fortunée — décampèrent ; le prix des maisons s’effondra, une opposition stridente d’envergure continentale s’organisa, Montréal périclita, Québec s’inquiéta ; Camille Laurin ne broncha pas. »Ouais... fallait avoir du coeur au ventre.
« Il repoussa les critiques quasi unanimes des libéraux et celles des éditorialistes du temps — dans Le Devoir, Claude Ryan qualifia le "dirigisme étatique" de la loi 101 de "scoutisme culturel". "Des scrupules de colonisés mal affranchis, rétorqua Laurin, lors d’une entrevue accordée à L’actualité. On découvre un jour qu’on a du pouvoir et on a tout de suite peur d’en abuser, d’être revanchards." »Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Camille Laurin, lui, déclarait la chose suivante :
«avant de répondre aux critiques qui qualifient cette loi d’abusive, de discriminatoire ou de fasciste, "attendons que s’implantent de nouveaux comportements, de nouvelles habitudes. Alors nous pourrons prendre ces arguments at face value sur le plan de la discussion dialectique. On ne peut, pour le moment, discuter de la situation québécoise sur le plan des idées pures sans tenir compte de l’infrastructure socioaffective cachée de notre situation." »Aujourd'hui, alors que, comme toutes les sociétés occidentales font face au défi de gérer le pluralisme dans l'harmonie, le Québec doit poursuivre son effort d'affirmation identitaire. Camille Laurin ne pouvait pas prévoir combien cette question deviendrait importante dans le futur et espérait que sa loi 101 viendrait régler définitivement la question de la définition du Québec. Il nous enseigne pourtant qu'il ne faut pas hésiter, par voie de législation s'il le faut, à inscrire dans le droit l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes.


