Un Paquet de niaiseries, de part et d'autres
Pendant les années 60, John Lennon avait soulevé un tollé lorsqu’il avait déclaré que les Beatles étaient devenus plus populaires que Jésus-Christ.
Aujourd’hui, certains politiciens souverainistes ont crû qu’ils pouvaient gagner une bataille dans l’opinion publique contre l’un des deux Beatles encore vivants.
Cette histoire en a agacé plusieurs, moi y compris. Il faut dire que c’est vrai que, dans le contexte du 400ème de Québec, on a pu voir une volonté des fédéraux de s’afficher plus que jamais, alors que l’organisation des Fêtes a quant à elle tenté de gommer l’aspect historique des fêtes afin d’éviter toutes controverses politiques. Pourtant, c’est bien connu : au Québec, où tout peut être analysé sous le spectre de l’un des deux projets nationaux qui se font concurrence ici-bas, le meilleur moyen de s’assurer que les choses tournent en débat est justement de tout faire pour éviter que cela le devienne.
C’était manifeste dès le départ. Thématique visuelle et promotionnelle évoquant une ambiance de fête foraine carnavalesque plutôt qu'un aspect historique (les fameux rubans et les personnages de la roulotte promotionnelle), programmation festive plutôt que commémorative et volonté d’interpeller davantage le touriste étranger que la population québécoise. Avec la hausse du dollar canadien et du prix de l’essence, fallait être gonflé quand même.
Heureusement, ça ne pouvait rester comme ça. Après un changement à la tête de l’organisation, le remplacement de l’Opéra urbain par le spectacle « Rencontre » et puisque les projets présentés par les créateurs comptaient, eux, une forte teneur historique, on a pu sauver la mise. C’était peu, c’était tard, mais c’était toujours ça de pris.
Quoi qu’il en soit, puisque ces réajustements avaient fini par contenter plus ou moins tout le monde, il a fallu que le controverse finisse par tomber sur ce pauvre (!) Sir Paul, qui lui, ne demandait pourtant qu’à venir s’amuser avec les gens de Québec.
De sa présence, de la signification des fêtes, on peut dire bien des choses. Mais moi, ce qui m’énerve dans une controverse, c’est toujours les faussetés véhiculées de parts et d’autres par des gens qui veulent servir leur argumentation et qui sont répétées sempiternellement comme des vérités. En vrac, en voici quelques unes.
En provenance du camp des « pro-McCartney » :
- « Les séparatistes sont contre la venue de McCartney à Québec ! »
Ok… c’est rendu que Turp, Curzi et une couple d’artistes néo-contemporains engagent l’ensemble du mouvement souverainiste et son million de partisans à chaque fois qu’ils parlent… Merde… J’aurais dû lire les petits caractères quand j’ai acheté ma carte de membre du PQ !
La vérité, c’est que l’immense majorité des souverainistes vont de l’indifférence à l’enthousiasme quant au spectacle de dimanche. Je suis du dernier groupe. La plupart des mes amis aussi.
En outre, les premières critiques à ce sujet ne sont pas venus d’acteurs politiques, mais bien du milieu médiatique. On peut dire bien des choses de Richard Martineau, de Patrick Lagacé ou de Marc Cassivi, mais ils ne sont pas particulièrement connus pour leur nationalisme radical. Et ils ont été les premiers à se jeter sur l’affaire. Alors lâchez moi avec votre affaire de complot péquiste.
- « Les Canadiens-Français sont contre la venue de McCartney à Québec ! »
Variante diffusée dans les médias étrangers. Voir réponse à la première remarque.
- « Ceux qui chialent par rapport à McCartney sont tous de Montréal ! »
Là-dessus, je n’ai d’autres choix que de constater l’évidence… Jaloux ?
Du côté des « anti-McCartney », en terme de niaiseries, il s’en dit des pas pires aussi :
- « Ils ont pris un anglais pour souligner le 400ème anniversaire de la présence francophone en Amérique ! Franchement ! »
Ouais… Pis ? Vous voulez que je fasse la liste de tout ce qui est sorti de Québécois du 400ème ? Le spectacle du 1er janvier; le parcours 400 ans chrono; le Moulin à Images; le spectacle "Rencontre" avec notamment Yves Jacques, Charlebois, Pag, Moffat, Karkwa, Gilles Vigneault; le spectacle de chansons avec notamment Yvon Deschamps, Michel Rivard, Jean-Pierre Ferland, Laurence Jalbert, Jean Lapointe; le Chemin qui marche, bientôt; Céline en août; le Cirque du Soleil en octobre; un paquet d’exposition de musées sur Champlain, François de Laval et tutti quanti. Ne manque que le petit Jeremy.
Et, oups, une légende vivante du rock sur les Plaines qui s’adonne à être un britannique. Qu’est-ce qu’il faut en comprendre ? Ça ne devait vraiment être QUE des Québécois francophones qui soulignent la fête ? Ou à moins que ce ne soit la crainte que cet événement ne devienne le plus populaire des festivités ?
On a la chance d’avoir McCartney à Québec. Faut être bien insécure dans son petit cœur ou encore être tout simplement aveugle ou ignorant de tout ce qui s’est passé à Québec cette année pour avoir l’impression que le 400ème ne se résumera qu’à cette seule activité.
- « Il vient pour souligner la conquête et la présence britannique à Québec !2
Non. Pantoute. Il vient pour chanter ses chansons, qui s’adonnent à être certaines des plus connues de l’histoire de la musique moderne. That’s it. De toutes façons, si vous saviez comment les Britanniques en ont rien à foutre du Québec, ça vous rassurerait à l’effet que McCartney ne débarquera pas ici en chef colonial…
- « Ça fait colonisés qui veulent bien paraître, faire venir une grosse tête comme ça pour épater le monde ! »
Ok. Le Louvre à Québec ? On scrape ça ! Les Misérables au Capitole ? On scrape ! Aznavour au Festival d’été ? Ça avec ! Franco Dragone au musée de la Civilisation ? Ça aussi ! On prend que du bon « che nous » ! Pis si y a des étrangers qui s’avisent de vouloir venir visiter, qui retournent chez eux, y a ben des belles affaires à voir là-bas aussi !
Et, je tiens à vous aviser : si le British Museum, le Met de New York, U2, Pavarotti réincarné, Metalica, Tiger Wood, Al Gore, Nelson Mandela, le Comité international olympique ou n’importe quel big veut venir faire de quoi ici, il est pas le bienvenu !!!
- « Pierre Curzi, ça ferait un bon chef pour le PQ ça ! »
Entendu, de la part de l’homme de la rue, une fois tous les temps en temps, depuis sa venue en politique. Juste un commentaire : la politique est un métier qui s’apprend et c’est pas parce que tu as de la verve et de l’inspiration que de tu as de l’instinct. Preuve, encore une fois, que les gens ne veulent pas de leaders compétents. Ils veulent des amis.
En terminant, le truc qui m’agace le plus là-dedans, c’est cette habitude qu’ont certains péquistes à préférer se coltailler avec des artistes marginaux et des créatifs originaux que de s’abreuver à la source du fameux « vrai monde ». Non mais, c’est vrai. C’est qui ça, Luc Archambault ? On dirait que, au PQ, à chaque fois que l’on voit que la population prend un bord, certains se disent instinctivement que l’autre côté doit être le bon. L’épisode du crucifix à l’Assemblée nationale est éloquent à ce sujet. C’est particulièrement vrai dans nos relations avec la région de Québec en plus…
En fait, j’aurais envie de condamner Curzi, Lemay et Turp à aller passer leurs vacances au Camping Ste-Madeleine, histoire de discuter avec d’autres gens que ceux qu’ils rencontrent dans leurs soirées à l’opéra ou dans un vernissage. Ça leur rafraîchirait les esprits et ça leur rappellerait que le Québec à l’ONU, tout le monde s’en sacre un peu, la plupart des souverainistes y compris.


