Du bon côté de l’enjeu
On aura beau dire que Mario Dumont a le don de se coller sur les enjeux populistes et d’oublier les questions de fonds. On pourra dire aussi qu’il est incapable d’aborder les questions sensibles avec tact et sens de l’État, qu’il ne sait pas proposer des solutions articulées et, ainsi, aller au-delà de la recherche d’impact électoral à court terme.
On pourra dire tout ça et on aura raison de le faire, puisque c’est vrai.
Ceci dit, tout cela ne changera rien sur le fond. C’est-à-dire que la perception à l’effet de laquelle que Mario Dumont soit un politicien médiocre ne change rien au fait qu’il se trouve du bon côté de l’enjeux quand il dit qu’il est irresponsable de hausser les seuils d’immigration, comme le fait le gouvernement libéral avec l’appui du Parti Québécois et ce, pour plusieurs raisons.
D’emblée parce qu’aucune étude sérieuse ne vient cautionner la prétention à l’effet de laquelle le Québec a besoin de plus d’immigration, outre le raisonnement de gars sur la brosse suivant : on fait moins d’enfants « fait que » ça prend plus d’immigrants.
Ensuite parce que personne n’ose dire que si la population d’un État grossie plus vite que son produit intérieur brut, on se retrouve avec un appauvrissement collectif net, ce qui est exactement la situation d’une société qui accueille un paquet d’individu qu’elle n’arrive pas à intégrer dans son marché du travail.
Aussi parce que les programmes d’intégration actuels ne fonctionnent pas, qu’ils manquent de ressources et que les hausses du nombre d’immigrants ne sont jamais suivies d’une hausse équivalente des budgets nécessaires.
À plus fortes raisons que le Québec n’a pas réussi, l’an dernier, à rejoindre son seuil d’immigration, alors fixé à 45000 nouveaux arrivants, une fois qu’il avait appliqué ses critères en matière de francisation, de qualification et de sécurité aux candidats désireux de venir vivre ici. Alors que la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne – l’ensemble du monde occidental en fait – en sont à pénétrer le « marché » du recrutement d’immigrants fiables, qualifiés et désireux de s’intégrer, ce n’est pas le « scout » québécois qui va arriver à convaincre la majorité de candidats parfaits à appliquer chez nous. Monter nos seuils, dans ce contexte, c’est nécessairement abaisser nos critères, à moins d’admettre d’emblée que nous n’atteindrons pas nos cibles.
Admettons encore que même si le Québec fait face à un défi démographique imminent, toutes velléités d’y répondre par des politiques visant à hausser la natalité se verraient reçues par des accusations de chercher à encourager la famille traditionnelle, des sobriquets de duplessisme et des soupçons de volonté de ramener les femmes à la maison. Ces relents de féminisme mal placé desservent le Québec.
Et tant qu’à être partis, soulignons donc que, pour une fois, Dumont se trouve en porte-à-faux avec la droite libérale des chambres de commerces et des thinks tank idéologiques de notre belle province qui sont, eux, très zélés à promouvoir la hausse des seuils d’immigration, trop heureux de voir affluer une quantité de main-d’œuvre bon marché prête à « flipper » des boulettes de steak haché pour 8 piastres l’heure, chauffer des taxis ou torcher des chambres d’hôtel sans recevoir de pourboires, fussent-ils médecins, ingénieurs ou professeurs d’université avant de venir ici. Saluons donc le courage (ou l’inconscience ?) de Dumont, d’affronter, pour une fois, toute la bande de petits potentats locaux qui animent sa machine.
Ne nous arrêtons donc pas en si bon chemin et envoyons donc promener les gauchistes qui taxent Dumont de racisme ou de lépénisme, simplement parce qu’il pose ces questions très légitimes et réalistes. Non seulement se trouvent-ils à défendre la même position que la droite capitaliste, mais ajoutons en plus que cette rectitude politique qu’ils s’appliquent à imposer avec tant de zèle les desserre eux-mêmes et les empêche de poser d’autres gestes, étouffés par la somme de leurs contradictions.
La vérité est la suivante. Mario Dumont est vraiment malhabile de poser la question dans les termes suivants : les immigrants nuisent à l’identité. Les individus ne nuisent pas à l’identité, ils font leur place. Ce qui nuit à notre identité, c’est la coexistence, sur notre territoire, de deux systèmes d’intégration, deux conceptions de l’espace public qui sont concurrentes dans la même société, c’est une aventure humaine paralysée dans sa volonté de se définir. Et, en l’espèce, c’est surtout une série de gouvernements qui n’ont pas mis leurs culottes, trop occupés à vouloir être celui qui était plus du bord des immigrants que l’autre, en plus de ne jamais donner les ressources nécessaires pour permettre l’intégration des nouveaux arrivants.
Le coupable, en somme, ce n’est pas l’immigrant. Le coupable, c’est chacun de ceux qui brandissent l’argument du racisme quand quelqu’un cherche à discuter de nos politiques d’immigration. À leurs yeux, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises politiques d’immigration. Accueillir des immigrants, le plus possible, c’est bon, c’est tout. Quiconque dit autrement est un Nazi à leurs yeux, point final. Ces gens-là l’ignorent, mais ils sont objectivement les pires ennemis de l’immigrant de par le fait qu'ils empêchent tous débats qui nous permettraient de faire en sorte que chacun qui vient vivre ici-bas puisse trouver sa place.
C’est là où je veux en venir quand je vous dis que Mario Dumont se trompe de cible : il cible l’immigration comme problème. C’est faux. Le problème, c’est la rectitude politique, c’est le multiculturalisme, c’est le statut de constituant fédéral du Québec. Et ça, l’ADQ n’est pas, mais absolument pas, prête – ou même capable - de poser ces questions.
D’où mon titre. L’ADQ est du bon côté de l’enjeu en matière d’immigration. Le problème, c’est que Mario Dumont est tellement jambon qu’il est en train de brûler sa position, qui est pourtant la bonne.
À quand un parti politique capable de prendre des positions honnêtes qui, au-delà de la recherche de l’approbation des chroniqueurs, cherchent plutôt le bien commun de tous ceux qui vivent au Québec ?




