Être candidat à la vice-présidence : le meilleur moyen de ne pas devenir président

Le très amusant, Dan Quayle
Intéressante, cette théorie rapportée par Richard Hétu sur son excellent blogue couvrant la politique américaine. Ainsi, plusieurs démocrates influents trouveraient très intéressante l’idée d’un ticket présentant Al Gore à la présidence et Barack Obama à la vice-présidence. L’idée sourirait à plusieurs personnes, qui y voient une façon consensuelle de sortir de la crise qui a court présentement, bien que peu de gens semblent penser que le scénario est réalisable.
Quoi qu’il en soit, si j’étais le conseiller de Barack Obama, je l’inciterais à rejeter d’emblée toute opportunité de devenir vice-président, que ce soit sur un ticket mené par Gore ou même par Clinton. À cette dernière, je donnerais le même conseil, si tant est qu’elle ne veut pas fermer la porte à être candidate à nouveau en 2012, s’il fallait qu’Obama soit battu par McCain en novembre.
En effet, je pense que malgré le prestige associé à ce poste, le fait de devenir vice-président nuit bien plus qu’il n’aide une personne qui désire un jour occuper elle-même le bureau ovale.
De trois choses l’une, si vous devenez candidat à la vice-présidence : au pire vous porterez les stigmates d’une défaite dont vous n’êtes pas le responsable (Edwards avec Kerry); au minimum, vous devrez, votre tour venu, faire campagne sur le thème très peu vendeur de la continuité, ce qui n’est pas le cas de votre adversaire (Gore succédant à Clinton, Nixon face à Kennedy en 1960); au mieux, vous devrez devenir le premier président depuis Roosevelt a permettre à votre parti de conserver la Maison Blanche pendant quatre mandats consécutifs, si seulement vous voulez éviter de rentrer dans l’histoire comme un « one-term president » (Bush père qui devient président après huit ans de Reaganisme).
Vous pouvez toujours, comme Lyndon B. Johnson, faire en sorte espérer que votre président décède en cours de mandat pour lui succéder, mais il faudra toujours que vous soyez vous-même capable de vous faire élire deux fois. Avec les progrès de la médecine, les chefs d’État qui meurent en fonction vont se faire de plus en plus rare.
D’autres ratés vice-présidents célèbres ? Truman, qui a réussi là où tous les autres ont échoués. Spiro Agnew, coulé par Nixon dans l’histoire du Watergate. Gérald Ford, devenu président dans la foulée, par le jeu constitutionnel, sans avoir la carrure nécessaire. Walter Mondale, sous Carter, qui sera battu par Reagan en 1984. Le très ridicule Dan Quayle, sous Georges Bush, se passe de commentaires. Et Dick Cheney qui n’est pas intéressé.
Dans la catégorie des candidats à la vice-présidence se situant sur un ticket perdant, c’est encore pire. Citons Bob Dole, battu avec Ford en 1976, et battu à la présidence par Clinton en 1996, qui devint plus tard porte-parole de Viagra. Joe Lieberman, expulsé du parti Démocrate quelques années après sa défaite avec Gore. Et que dire de Geraldine Ferraro, candidate en 1984 avec Mondale et récemment liquidée de la campagne de Clinton.
En somme, il ne fait pas de doute qu’être candidat à la vice-présidence n’a pas souri à la plupart des gens qui ont tenté l’expérience, du point de vue électoral, cela s’entend. Depuis Roosevelt, un seul a réussi deux réélections et c’est son successeur, Harry Truman. Nixon a quant à lui été élu à deux reprises lui aussi, mais il lui aura fallu passer par une traversée du désert de huit ans entre sa vice-présidence et sa présidence et personne ne désire connaître sa fin disgracieuse.
C’est donc pourquoi je pense qu’Obama, s’il ne remporte pas la course démocrate (ce qui m’étonnerait, à ce stade-ci) devrait s’abstenir de se trouver sur le ticket présidentiel. Il n’aura que 47 ans cet automne, il aura encore sa chance. Quant à Clinton, elle n’aura quand même que 64 ans en 2012 et elle pourrait bien être tentée de faire une campagne à la « je voulais bien dit » si McCain remportait la Maison Blanche.
Demeure quand même une chose : quel que soit le candidat à la présidence du côté démocrate, la présence comme colistier d’une personnalité comme Obama et Clinton l’aiderait certainement. Se sacrifier pour le parti, donc ? C’est peut-être par ce geste que l’on mesurerait vraiment la valeur de ces deux politiciens dominants de leur époque.



