Pourquoi Obama ?
Un petit texte de ma part, publié dans la plus récente édition du journal de la Faculté de droit de l'Université Laval, le Verdict.
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En regardant la frénésie provoquée par l’émergence de Barack Obama, on ne peut s’empêcher de se rappeler l’excitation causée jadis par les candidatures d’André Boisclair et de Ségolène Royal. La gauche a cette fâcheuse habitude de s’enticher périodiquement de saveurs du mois éphémères, qui répondent davantage à un besoin d’idéaliser la réalité que d’une analyse politique rigoureuse.
Certes, on ne peut imputer à Barack Obama la responsabilité des émois des Christiane Charette et autres chroniqueurs devenus spontanément spécialistes de la politique américaine. Aussi devons-nous nous détacher des nouvelles ambiantes et nous livrer à une analyse froide de l’opportunité de la candidature de ce nouvel avatar du rêve américain.
En effet, pourquoi devrait-on souhaiter que le sénateur Obama remporte l’investiture démocrate en vue des élections présidentielles de novembre ? Quelles idées nouvelles met-il de l’avant ? Quelles sont ses chances réelles d’être élu et, ainsi, de mettre fin à la dérive politique, économique et intellectuelle que prennent les Etats-Unis depuis le début du siècle ? Qui est le plus à même de restaurer l’autorité morale et la crédibilité de ce grand pays qui fut celui de Jefferson, de Lincoln et de Roosevelt ?
Il y a bien eu ce positionnement lucide, pertinent et courageux, sur la nécessité d’intervenir au Pakistan si l’on souhaite sincèrement gagner la guerre au terrorisme. On peut par contre se questionner sur l’opportunité politique, diplomatique et stratégique, pour un « Commander in chief » éventuel d’évoquer publiquement une telle option. Il y a aussi cette ouverture, intéressante et attendue, quant à la mise en place d’une couverture universelle en santé. Ceci dit, il ne faut pas nier que, sur cette question, presque tous les candidats démocrates ont fait un bout de chemin. Mentionnons aussi que la sénatrice Clinton a, elle, déjà agit en ce sens, pendant la présidence de son époux, alors qu’elle a personnellement piloté une telle réforme, laquelle a malheureusement échouée. Ce geste lui vaut d’ailleurs toujours la haine des éléments les plus conservateurs du camp républicain.
Ainsi, donc, pourquoi élire Barack Obama ? Il est vrai que l’homme est doué d’une éloquence rare et est capable de prononcer des discours fort inspirant. Son parcours atypique aurait aussi le chic de nous réconcilier avec une Amérique qui nous apparaît souvent comment tellement bigote et fermée d’esprit. Quelqu’un qui a vécu dans plusieurs coins du monde et qui a ainsi été en contact avec plusieurs cultures et confessions religieuses donnerait aussi une couleur différente à une politique étrangère dirigée depuis 2001 par un président qui n’avait jamais quitté son territoire national avant son élection. La candidature du sénateur de l’Illinois suscite donc bien des attentes et c’est normal.
L’ennui, c’est que l’on cherche encore ce que Barack Obama peut amener, au-delà de l’espoir. Son manque de profondeur sur les enjeux a transparu plus d’une fois pendant les débats. Son inexpérience politique nous amène à nous questionner aussi sur sa capacité à faire face aux attaques quotidiennes d’une course qui s’étendra sur près de neuf mois.
Les républicains l’ont démontré, ils peuvent agir comme de véritables chats de gouttière quand vient le temps de gagner une élection. Les fausses rumeurs et les crocs-en-jambe que subie déjà Obama ne sont qu’une partie de plaisir comparativement à ce qu’il aurait à affronter d’ici à novembre. Si se priver de sa candidature pour cette raison serait plier l’échine devant l’intolérance et accepter la politique dans ce qu’elle a de plus sale, se demander si l’homme a ce qu’il faut pour y faire face est toutefois légitime.
Hillary Clinton, quant à elle, fait face à ces attaques depuis plusieurs années. Elle a fait preuve, aux heures les plus sombres de sa campagne, de beaucoup de cran et de résilience. En ce qui la concerne, la question de savoir si elle peut passer l’épreuve du feu se pose beaucoup moins.
En conclusion, on ne peut douter que Barack Obama représente une figure politique prometteuse et représente, pour reprendre une expression très franco-française, « l’Amérique qu’on aime ». Ceci dit, l’option Obama est trop risquée et ne bénéficie pas d’assises assez solides pour s’y engager avec l’enthousiasme insouciant que certains présentent ces jours-ci. Aussi, l’homme est jeune (46 ans), il lui reste bien encore cinq élections présidentielles pour avoir sa chance. Si il est réellement capable de donner ce que certains attendent de lui, rien ne sert d’allumer la mèche précipitamment et d’en faire le plus grand pétard mouillé de l’histoire politique américaine. Les démocrates comptent déjà dans leurs rangs bien assez d’ancien « next president of the United States ».
En somme, il y a de ces moments où « espoir » doit rimer avec « patience ». Après huit ans de dérive, il est fort possible que l’Amérique en soit là.


