L’effroyable imposteur
Je n’attaque que très rarement la personne d’un premier ministre ou sa légitimité. Je suis très Américain là-dessus. Cet individu est celui qui a su rallier la confiance du plus grand nombre de Québécois. L’insulter, c’est nous insulter collectivement. Hail for the chief !
On peut être en désaccord avec sa politique. On peut dire que l’on n’aime pas sa façon de diriger. On peut dire qu’il cherche à imprimer au Québec une droite qui ne lui ressemble pas. Mais il a été élu. Et c’est pourquoi je ne me permets que très rarement d’attaquer l’intégrité du premier ministre, élu légitimement. Je ne le fais pas à l’étranger. C’est une question d’éthique nationale à mes yeux.
Ça m’a toujours fait rire, les pancartes, « On n’a pas voter pour ça ! ». C’est parce qu’il promettait de réduire les revenus tout en augmentant les dépenses… Tu pensais qu’il ferait comment, gros idiot ? À mon avis, la démocratie est un excellent système, puisqu’il assure que le peuple ne sera jamais mieux gouverné que ce qu’il ne mérite.
Mais il y a des limites. Il y a des limites à ce qu’un premier ministre a le droit de faire avec son titre. Et quand il le fait, outrepasser son mandat, se servir de sa posture de chef d’État à des fins partisanes, il doit être dénoncé pour ce qu’il est. Quelqu’un qui, par son attitude, pour combler le minuscule de sa propre silhouette, rapetisse l’institution exécutive dans son ensemble.
Évidemment, mes critères sont subjectifs. Tout le débat politique l’est d’ailleurs. Et c’est pourquoi, aujourd’hui, je ne me gênerai pas pour le dire, je vous dis que, à mon avis, Jean Charest est un imposteur. La lettre qu’il a publiée hier le disqualifie à jamais de la liste des hommes d’État qui auront dirigé le Québec.
Non mais, faut le faire quand même, évoquer la réputation du Québec à l’étranger pour culpabiliser le peuple québécois de s’interroger, légitimement, sur ce qu’il est. « Comme vous êtes gênant » a dit hier le premier ministre québécois à la population qui a eu l’indulgence de lui donner un second mandat. Son score pathétique dans le Québec francophone trouve bien une explication quelque part, n’est-ce pas ?
Non mais, faut le faire, qualifier le projet de loi de Pauline Marois de « malheureux », alors que lui-même a pensé se nourrir de la controverse, il y a quelques semaines, avec son idée, qui ne règle rien, avant même que la Commission qu’il a mis au monde pour se sortir du trouble ait terminé ses audiences. Au passage, vous préférez quoi vous, pour amender la Charte des droits et libertés de la personnes ?
Indépendamment des autres dispositions de la présente charte, les droits et libertés qui y sont mentionnés sont garantis également aux personnes des deux sexes.
Ou encore :
Dans l'interprétation et l'application de la présente Charte, il doit être tenu compte du patrimoine historique et des valeurs fondamentales de la nation québécoise, notamment de l'importance d'assurer la prédominance de la langue française, de protéger et de promouvoir la culture québécoise, de garantir l'égalité entre les femmes et les hommes et de préserver la laïcité des institutions publiques.
Qu’est-ce qui, à votre avis, est le plus responsable ? Qu’est-ce qui, à votre avis, est le moins partisan ? En tous cas, je vous glisse en passant que l’homme qui vous fait la leçon refuse même de discuter du deuxième libellé…
Non mais, faut le faire quand même, se montrer indulgent et dire, tout d’un coup du « code de vie » de Hérouxville, que « Au-delà de la maladresse, ce geste révélait néanmoins un malaise réel. » Ben oui ! Et c’est avec ton petit amendement minable que tu vas venir tout régler ça… Bravo, monsieur le premier ministre en sursis.
Non mais, faut le faire aussi, quand même, appeler Mario Dumont « un pompier pyromane », alors que l’homme a lui-même créé, dans la grand peur électorale, la Commission qui cause aujourd’hui la honte des bien-pensants. Il a mis la chose au feu et aujourd’hui ne reconnaît pas le plat qui en ressort ? Pompier pyromane ? Mario Dumont ? Gros idiot, va !
Non mais, faut le faire en crime, critiquer le même Dumont qui a souhaité discuter du nombre d’immigrants que le Québec reçoit chaque année. Faut le faire en tab*****, après avoir couper constamment dans les budgets voués à l’intégration des immigrants depuis bientôt cinq ans. Faut vraiment pas être gêné, sans blague.
Pis il faut le faire, se donner en exemple, dans sa récupération vaine et niaiseuse de la non-question du droit de voter voilée; dans sa prétention, objectivement inexacte, que grâce à lui, le Québec parle de sa propre voix à l’UNESCO; dans son arrogant mensonge de dire que son gouvernement est en train de faire du Québec une puissance mondiale des énergies renouvelables, alors que ce même gouvernement est en train de bulldozer sa propre législation pour vendre du gaz naturel que nous ne produisons même pas. Honte sur vous, citoyen Charest !
Et, plus que jamais, il faut le faire, évoquer René Lévesque la semaine même de la commémoration de son décès, pour dénoncer des politiques nationalistes. Je me permets de paraphraser ce premier minus : Est-ce que René Lévesque, qui fut un grand démocrate, aurait apprécié que l’on évoque la mémoire d’un adversaire politique pour se faire du capital ? Certainement pas, Monsieur le donneur de leçon.
J’ai lu ça aujourd’hui mais je ne me souviens plus où. Je ne peux donc pas donner la paternité de l’ingénieuse formule que je m’apprête à rédiger à son géniteur légitime. Mais on peut résumer le crime de Jean Charest a la phrase suivante : dans cette lettre, il a agit comme un chef de parti en utilisant ses attributs de chef d’État. Et c’est inacceptable.
Charest est-il le premier de son rang à utiliser sa fonction à des fins partisanes ? Certainement pas ! Mais il n’en finit plus de la traîner inexorablement dans les caniveaux où il aime lui-même se vautrer. Et le comble dans tout ça, c’est qu’il le fait en se permettant de donner de leçon de grandeur politique à ses adversaires.
Non mais, quel plouc !
C’est pour toutes ces raisons que Jean Charest restera dans l’histoire du Québec comme ce qu’il est : un être méprisant et méprisable.








