J’ai eu l’occasion de visionner un excellent documentaire de la chaîne PBS sur l’évolution de la pensée économique au XXème siècle. Très intéressant.
On peut résumé ça en trois étapes. L’ultralibéralisme du début puis la crise, la montée de l’interventionnisme et de l’encadrement étatique inspiré par les keynésiens pour finir avec le néo-libéralisme de la fin du siècle, c’est-à-dire les politiques de Reagan et de Thatcher inspirées d'Hayek. Vraiment intéressant, je vous le dis.
Par contre, on voyait Thatcher parler et raconter en entrevue comment elle était fière d’avoir libéré son pays et ses habitants de ces politiques ignobles qu’avaient mis en place des socialistes dans leur obsession de contrôler les gens et de gâcher leur vie. Quelle mauvaise foi, me disais-je, comme si les libéraux avaient le monopole du bien public…
On voyait ensuite Milton Friedman parler et je me rappelais le nombre de fois que j’avais entendu des gens de gauche parler de lui en mal, expliquant comment lui et « sa clique du Mont Pèlerin » avaient comploté dans le but de permettre l’exploitation des masses et ouvrir la voie au dégel des frais de scolarité au Québec. J’ai entendu à plusieurs reprises des gens se réjouir de sa mort récente d’ailleurs…
Wo ! Pourrait-on avoir plus de sérénité dans le débat ? Serait-il possible de se dire que, gens de droite, gens de gauche, tout le monde pense détenir la bonne façon d’assurer le bonheur du plus grand nombre ? Pourrait-on présumer de la bonne foi de chacun, comme on dit en droit ?
Les gens de droite pensent qu’en libérant les acteurs économiques, il leur sera plus simple de produire et que le jeu de la concurrence viendra naturellement répartir le tout. Les gens de gauche croient que, pour assurer le plein emploi de la ressource, il faut planifier la production, fixer les prix et, ainsi, s’assurer que chacun aura la possibilité d’avoir sa part du gâteau économique.
Deux utopies. Deux modèles qui ne marchent pas. Des façons de voir les choses en noir et blanc. Des idées qui disent aussi du vrai et qui ont droit de cité dans une démocratie.
Mais, libéraux assumés, enlevez vous de la tête que les socialistes veulent voler vos enfants dans leur berceau pour les endoctriner. Il n’y a pas de complot « national-syndicaliste » au Québec, c’est d’accord M. Breton ? Ne vous en faite pas travailleurs qui en ont assez de payer des impôts : c’est pas juste pour vous écoeurer que le gouvernement vous prélève de l’argent et la redonne aux assistés sociaux. Oui, je sais, vous êtes déçu, ça vous réconfortait de voir ça ainsi.
Quant à vous, militants alter-pleindechoses, les économistes de droite ne jouissent pas quand ils voient augmenter le nombre de personnes pauvres au Québec. Ils croient réellement que si le gouvernement étaient encore moins présents, il y en aurait moins de pauvres. Oui, oui, je vous le dis, ils y croient pour vrai, c’est pas juste un alibi. Et, vous savez, les fameux boss qui auront à composer avec le salaire minimum à 10$ que vous demandez, ce n'est pas juste un des vingt PDG au Québec qui gagnent plus de un million par année. La plupart d'entre eux gèrent des PME et se paye un salaire horaire équivalent à 4$ de l’heure pour continuer à donner des jobs aux gens.
Non, mais y en a marre à la fin d’être caricatural ! La prochaine fois que je vois un gars se plaindre que les membres de son camp sont empêchés de s’exprimer au Québec, je l’enferme dans une imitation de goulag s’il est à droite et je torture sa famille devant ses yeux s’il est à gauche : ils comprendront alors quelle est la différence entre une dictature et un endroit où le débat est serein et s’attacheront peut-être à préserver cette ambiance.